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3/10Journal d'un Maître - Patrick Le Sage

/ Critique - écrit par C.Saffy, le 10/02/2013
Notre verdict : 3/10 - C'est moi le Maître et je vais te démettre (Ecrivez votre critique)

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Et voici donc la-réédition-qu’on-n’attendait-pas-et-dont-on-se-serait-bien-passé, ce « journal » qui n’en est pas un (on parlera tout au plus de récit, et c’est d’ailleurs le terme employé dans la page de titre intérieure), publié pour la première fois en 2005 chez Flammarion. On insiste d’ailleurs sur le fait que si le livre a quitté le catalogue de la maison, ça serait par rapport à son caractère scandaleux. On pourra admettre qu’une aussi grosse maison telle que Flammarion a autre chose à penser, et que sans doute, ce livre ne s’est pas assez bien vendu eu égard à la couverture presse qu’il a eu à l’époque, notamment un passage de Maître Patrick à La méthode Cauet (ça ne s’invente pas).

Tabou ayant déjà réédité ce livre dans leur petite collection « Vertiges, Tendance Rose », il y presque trois ans de cela, pourquoi en remettre une couche maintenant ? Avant de répondre à cette question, essayons de raconter un peu ce livre qui peut constituer tout ce qu’il y a plus détestable dans le SM, bien qu’il constitue en soi quelque chose d’assez inédit dans ce domaine éditorial. En effet dans la littérature SM, le Maître a souvent tendance à rester dans l’ombre, ce n’est jamais lui qui prend la plume : il est vu à travers les yeux de sa soumise qui en parle avec respect, amour et dévotion - et parfois on se demande si la réciproque est vraie surtout quand on relit l’inénarrable Lien de Vanessa Duriès. Car chaque Maître(esse) le devient par la volonté d’un soumis ou d’une soumise qui le lui demande et exalte en lui sa part dominante. D’ailleurs, Patrick Le Sage est passé par là lui aussi, qui explique que son statut de Maître, il l’a acquis auprès d’une amante qui voyait en lui le sosie d’un dominateur décédé au cours d’une noyade. Elle lui demande de le remplacer et fait son éducation et le transforme au fil des mois en Maître Patrick.

Un Maître pas des plus conventionnels puisque Patrick Le Sage n’a personne dans sa vie et ne domine que les soumises des autres, celles que les maris lui déposent sur la seule foi de sa réputation. Et comme il y tient à sa réputation ! Si la soumise qui se raconte marque toujours ses récits de beaucoup de fierté, d’un certain d’orgueil également, pour Maître Patrick, on est carrément dans une autosatisfaction permanente où les soumises apparaissent comme de simples instruments qui lui permettent de se rengorger et se lustrer l’ego (il exige qu’elles soient belles, très belles et si possible bien bourgeoises ou intellectuelles, l’excitation de dominer ce type de femmes est chez lui très proche de la jubilation). Avec Patrick Le Sage, contrairement à l’une des conventions du SM, il y a absence de contrat avec ses soumises, il décide souvent seul des sévices qu’il va leur infliger. Il y a notamment une scène hallucinante où il perce le sexe de Marie (étrangement il n’appelle ses soumises que « Madame », une déférence complètement fabriquée et pour le moins insultante dans ce contexte) sans son consentement, ni celui de son mari. Ou celle où il lui ordonne de faire du saut à l’élastique dans une fête foraine alors qu’elle est nue sous sa jupe et qu’elle vient de lui annoncer que l’une de ses phobies les plus viscérales est justement le vertige et la peur du vide.

Un des autres aspects étranges du texte est le nombre de scènes de gang-bangs, finalement plus nombreuses que les séances pures de domination et la redondance de la mention des « godes à pattes » : Maître Patrick possède un carnet d’adresses plein de mecs à grosse bite toujours prompts à honorer ses soumises qu’il ne baise jamais et adore promener les yeux bandés pour qu’elles ne découvrent son visage à lui que le plus tard possible… voire jamais. Et en fait de domination, on parlera plutôt d’un goût très prononcé de Maître Patrick pour l’humiliation systématique de ses soumises (apprécient-elles réellement cet aspect du SM ? On ne le saura jamais tant il est vrai que Maître Patrick prend les décisions seul et sans aucune concertation avec les principales intéressées, tout juste un peu avec les époux) dont il est incapable de tracer des portraits autre que ceux de leur profession (« ma gynécologue », « ma pharmacienne ») et leur docilité dont il se délecte dans des termes tous plus paternalistes les uns que les autres. On passera également sur le manque d’imagination du personnage qui se dote d’une fleur de lys pour emblème qu’il fait tatouer à l’occasion sur le pubis de ses soumises - pour la petite histoire, on tatouait ce signe considéré comme infâmant sur l’épaule des prostituées -, qui ne sait que boire du champagne à la fin des séances et qui écoute Era quand il fouette et cravache. Ouf, on a échappé de peu à Enigma.

Alors pourquoi la réédition d’un tel ouvrage maintenant alors qu’il ne fait que souligner cruellement que la littérature SM n’a pas encore trouvé son grand livre de Maître - a contrario ceux des Maîtresses ne manquent pas -, exception éventuellement faite de S.M de Joel Hespey ? Pour l’effet Fifty Shades of Grey qui pousse même Robert Laffont à ressortir la très dispensable trilogie Les infortunes de la Belle au bois dormant d’Anne Rice ? Histoire d’entretenir cette image déplorable du SM qui, pour beaucoup, est justement constituée du Maître macho, bouffi d’orgueil, à la limite du sadisme et des soumises béates et carpettes ? Que de dommages en vérité…

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