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5/10Journal intime d'une call-girl - Belle de Jour

/ Critique - écrit par C.Saffy, le 20/06/2013
Notre verdict : 5/10 - London calling. (Ecrivez votre critique)

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Près de dix ans. C’est le temps qu’il a fallu à First pour se décider à republier Journal intime d’une call-girl de Belle de Jour, épuisé et introuvable en version française, sauf à des prix prohibitifs sur des sites d’occasion. Réhabilitation de la littérature hot en tête de gondole oblige, revoici donc cette petite curiosité qui a depuis été adapté pour la télévision – quatre saisons tout de même ! – et  a connu même deux suites en version papier. Nouvelle édition dit aussi nouvelle couverture, exit donc le vert pastel, la typo Barbie et le stilleto fuchsia de 2005, place à la chute de reins en noir et blanc paré de lettres argentées.

La genèse de Journal intime d’une call-girl demande de revenir à l’époque où les blogs étaient en pleine expansion sur le net – pas uniquement aux Etats-Unis – et pour le dire de manière simple, très à la mode. Quand aujourd’hui ceux qui survivent le plus sont les blogs thématiques, c’était l’époque où l’expression ahurissante de « journal extime » fut employée à toutes les sauces pour parler des blogs personnels où tout un chacun pouvait raconter sa vie, du moins ce qui l’intéressait de raconter dans sa vie. Ce fut aussi l’époque où les éditeurs, après avoir regardé de haut le phénomène, étaient tous à la recherche de leur blook (contraction de blog et book) à publier pour rester dans le coup. Journal intime d’une call-girl en fit partie et suscita de nombreux commentaires quant à sa véracité. Belle de Jour – nom de plume on ne peut plus connoté – était-elle véritablement une call-girl ? Ou même une femme ? Ne s’agissait-il pas d’un écrivain ou un journaliste se faisant passer pour tout cela ? Il fallut attendre six ans pour que Belle de Jour se révèle être Brooke Magnanti, médecin en neurotoxicologie et épidémiologie du cancer… et auteur du blog Journal intime d’une call-girl. Tout était donc vrai : pour payer ses études coûteuses et la possibilité de vivre à Londres qui compte parmi les capitales les plus chères au monde, Brooke s’est prostituée par le biais d’une agence d’escort. Et ce mystère fut d’ailleurs levé bien après la publication papier de son blog.

Mais revenons au livre lui-même, qui se présente comme environ six mois de la vie de Belle de Jour et qui insiste d’ailleurs essentiellement sur la deuxième vie de l’auteur plus que sur son statut d’étudiante. Nous suivons pas à pas son parcours sentimental conjointement à celui de call-girl de luxe de novembre à juin et chaque fois est entrecoupé d’un abécédaire de la call-girl avec les préceptes à adopter pour survivre dans ce métier. Sans doute divertissant à lire de temps en temps sur écran, le livre trouve rapidement ses limites car il a été laissé en l’état de ce qu’il est avant tout : un blog. Soit un texte écrit au jour le jour, selon l’humeur du moment, le plus souvent non retravaillé ou corrigé, et où on ne lit que ce que l’auteur veut bien donner en matière de ton, de style, de progression de l’histoire – car quoi qu’on en dise, c’est une histoire qui avance dans le temps. Aussi, nous n’apprenons que peu de choses sur le métier de call-girl – sans doute à l’époque Belle de Jour souhaitait protéger à la fois ses clients et son agence – que l’auteur expose de manière très mécanique et anecdotique, visant sans doute à ôter à la racine tout le potentiel scandaleux ou même érotique de la chose. La vie sentimentale de l’auteur s’y retrouve diluée et se pare alors de tous les atours les plus horripilants de la chick-lit : jérémiades sur les sex-friends dont ne sait pas si on veut les voir devenir des légitimes, digressions sur qui parmi les célébrités anglaises est selon l’auteur une adepte de la sodomie, avantages et inconvénients des pays du monde dans laquelle elle aimerait voyager… On est très loin du texte qui titille ou excite, tout au plus un brouillon peu abouti de ce que le livre aurait pu être s’il avait été retravaillé comme un roman à part entière, car après tout aujourd’hui nombreux sont les textes publiés autoproclamés comme tel alors qu’ils sont hyper éloignés de l’idée même de fiction romanesque.

Journal intime d’une call-girl peut s’inscrire sans trop de problèmes dans la nuée de textes qui ont suivi la publication de Sex and the city, soit un livre girly, sexy et très, trèèès gentiment trash, laborieux souvent et pénible parfois, à replacer surtout dans un contexte et une époque mais qui parait aujourd’hui daté et assez dispensable.

Journal intime d'une Call Girl est traduit de l'anglais par Laura Contartese

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