Jacques Védie - Interview

/ Interview - écrit par Lestat, le 27/09/2004

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Interview de l'auteur du livre les mondes mêlés : Jacques Védie.

En octobre 2003 paraissait Norânaë, roman de Fantasy à l'univers enchanteur. Son auteur, Jacques Védie, répond aux questions de Krinein Bd-Livres.

Jacques Védie
Jacques Védie
Krinein : Voulez vous nous parler un petit peu de vous, de votre parcours ? Comment est né votre engouement pour la Fantasy et l'écriture ?

Jacques Védie : Je suis né à Paris et vis actuellement dans les Yvelines, après une courte période passée en Alsace. Je suis le papa comblé de deux adorables lutins, fans du Seigneur des Anneaux et de Star Wars, comme leur papa (je plaide coupable !), et qui ont vécu cette année leur premier Grandeur Nature, concocté spécialement pour des enfants. Passionné de SF, j'avais écumé bien des galaxies avant de frapper à la porte, un soir d'hiver, de Cul-de-Sac et faire la connaissance de Monsieur Bilbon Sacquet, voilà un peu plus de vingt ans ! Depuis, j'ai pris l'habitude de garder près de mon bureau, mon balluchon et mon épée au cas ou...
Après Tolkien, je n'ai lu finalement que peu de Fantasy, Moorcock, Donaldson, R. Dickson... J'aimais à me replonger, comme beaucoup de lecteurs, inlassablement dans les oeuvres de Tolkien. La Fantasy m'a conduit vers les jeux de rôles, et par la suite les GN, mais quasiment tout le temps, comme scénariste. D'aussi loin que je puisse me souvenir, j'ai toujours aimé écrire.

Lorsque vous évoquez sur votre site la génèse de votre roman, Norânaë, vous parlez d'une rencontre entre "deux hommes que tout opposait", qui aboutit finalement à l'écriture de ce roman. Vous pouvez nous en dire plus ? Qui est JR Roberts ?

Jean-Renaud Robert est l'ami avec qui j'ai écrit Norânaë. Nous avons fait connaissance lors de notre service militaire. Malgré nos styles radicalement différents, (cool vs bcbg), nous nous sommes liés d'amitié immédiatement, et cela dure depuis maintenant dix-sept ans. Cette rencontre révéla bientôt des faits d'une étrange similitude dans nos vies passées, qu'un journaliste a dû reste qualifié de gémellaire.
C'est de cette amitié et de ces étonnantes ressemblances qu'est partie l'idée de Norânaë. J'ai commencé à esquisser deux personnages, Ryan et Cédric, en leur attribuant une destinée semblable. De fil en aiguille, l'histoire de leurs origines s'est tissée. J'ai parlé à Jean-Renaud, quelque temps plus tard, de mon intention d'écrire ce roman, et il s'est tout naturellement proposé d'y participer.

Norânaë, dans son sujet, me rapelle un peu Imajica, de Clive Barker. C'est une référence volontaire ?

Non, ni même involontaire, je n'ai pas lu ce livre.

Dans Norânaë, vous créez une langue, une géographie, une hierarchie propre... Comment s'est déroulé tout ce travail prépartoire ? Vous inspirez vous du réel, de dialectes existants par exemple, ou au contraire créez vous vos éléments de toutes pièce ?

Avant de s'attaquer à l'écriture du roman, nous avons travaillé un peu plus d'un an sur la conception des Terres Émergées, le monde de Norânaë. Nous étions d'accord, dès le départ pour tenter de créer un monde nouveau, essayer de proposer un univers différent. Nous avons ainsi réfléchi à une architecture bien particulière, effacé toute notion de religion, de croyance (excepté une infime allusion pour l'un des peuples). Peu à peu, nous avons modelé notre monde, inventant des noms en utilisant diverses combinaisons de mots ou simplement en les créant de toutes pièces.

Finalement qu'est ce qui est le plus passionnant : créer une nouvelle société ou écrire une histoire autour ?

Difficile de choisir entre les deux. Durant une année, j'ai pris énormément de plaisir à créer les Terres Émergées ; ériger ses cités, creuser les lits de ses fleuves et rivières, planter ses forêts d'arbres géants, dresser ses montagnes etc. Ce fut un travail harassant et long, mais quel plaisir d'y pénétrer, le jour ou j'ai écrit les premières lignes ; devenir l'explorateur d'un monde que vous avez imaginé et qui promet malgré tout de vous réserver de nombreuses surprises au fil des péripéties de vos personnages, c'est l'un des plaisirs forts que je tire de l'écriture.

Au delà des "cadors" que sont par exemple Tolkien ou Robert Howard, pouvez vous nous parler de ce qu'est la Fantasy en littérature, ses thèmes, ses univers ?.. Où vous placez vous ?

La Fantasy, malgré son image d'enfant pauvre de la littérature, est à mon sens la garante des rêves dont se détournent trop d'adultes. J'ai découvert le plaisir, en tant qu'auteur, de converser avec des lecteurs de Norânaë, ou de lire leur courrier. Un grand nombre d'entre eux n'avaient jamais lu de Fantasy, ou ne l'avaient pas fait depuis longtemps... très longtemps. J'ai vu des regards émerveillés, passionnés, j'ai lu des lettres enflammées, des critiques également. Il faut parfois juste oser et feuilleter ces livres où vivent elfes, chevaliers, orc et autres gobelins et bien d'autres créatures plus ténébreuses. De nouveaux auteurs sont apparus, ont développé la Fantasy, offrant l'opportunité à certains de la classifier dans des sous-genres.
Personnellement je n'adhère pas à l'univers des étiquettes. Alors où je me place ? Imaginez la lueur d'un feu de camp, au centre d'une clairière perdue dans une mer d'arbres, leurs ramures dansantes au gré du vent ; il se pourrait bien que vous m'y trouviez !

50 ans après, on peut dire que Tolkien et le Seigneur des anneaux ont fait des petits. Aujourd'hui, compte tenu d'auteur comme Tad Williams par exemple, quel regard portez vous sur l'oeuvre de Tolkien ? Pour vous, Tolkien : dépassé ou indémodable ?

Ni l'un ni l'autre ! Bien des gens ont découvert Tolkien par le film de Peter Jackson. Je leur souhaite de lire le livre, de plonger dans ce monde fascinant, si riche... si vivant ! Le Seigneur des Anneaux n'est pas un effet de mode. Il existait bien avant Jackson, il perdurera. Prétendre qu'il est dépassé, cela n'a pas de sens pour moi. Les genres littéraires ne sont pas des arènes où les écrivains se battent à coup de crayons pour surpasser les autres. Écrire un livre, c'est raconter une histoire dans le but de la faire partager et provoquer une réaction, de quelque nature qu'elle soit. Tolkien a effectué un travail gigantesque. Son oeuvre est, et restera magistrale. C'est mon point de vue.

La Fantasy, outre la littérature, inspire la musique ou bien sur le cinéma. Vous même présentez des croquis sur votre site. Aimeriez-vous un jour quitter le littéraire pour une autre forme d'art ?

Aujourd'hui, mon principal objectif, c'est de faire connaître Norânaë auprès du grand public, parvenir à être diffusé plus largement. J'aime écrire des histoires et espère continuer longtemps. Pourquoi pas travailler sur un scénario de BD, ou même d'un film !

Pour vous, quelle forme d'art est la mieux adaptée à la Fantasy ? Davantage le cinéma, la littérature, la musique (des groupes tels que Rapshody, Fairyland...), ou autres ?

Je pense que le livre reste le meilleur support. La Fantasy propose des univers féeriques qui puisent leur essence dans le rêve. L'alchimie ne peut se produire que si le lecteur a la possibilité de greffer sur le monde qui lui est proposé ses propres visions, son imagination. Ce que ne peut réaliser aussi pleinement le cinéma. La musique, quant à elle, peut se révéler être un bon complément à l'imaginaire. J'en profite pour remercier D. Accis, un ami auteur-compositeur-interprète qui travaille sur la musique de Norânaë, et dont vous pouvez écouter le thème sur mon site internet.

Vous êtes rôliste ? Votre description du grandeur nature respire le vécu...

J'ai écrit plusieurs scénarios pour jeu de rôle sur table et grandeur nature. Je me suis effectivement inspiré de cette expérience pour décrire certaines scènes du livre. Se retrouver dans une forêt déguisé en elfe, rôdeur ou chevalier et vivre une aventure armé d'épée de latex l'espace d'une nuit ou d'un week-end, cela reste pour chaque participant un souvenir inoubliable !

Le registre Fantasy semble peu prisé, en France. Pourquoi selon vous ?

Qui communique sur la Fantasy en France ? Quels sont les médias non spécialisés qui s'y intéressent ? Voilà le début du problème, à mon avis. Je trouve la France frileuse en matière de nouveauté, et les maisons d'éditions préfèrent trop souvent éditer les valeurs sûres anglo-saxonnes plutôt que prendre le risque de travailler avec des inconnus. Pourtant les exemples de succès ne manquent pas pour de nouveaux auteurs, tel que l'on peut voir aux États-Unis, en Angleterre. Parler d'un livre, d'un auteur, c'est déjà intéresser et quelque part, rassurer.

Quelques auteurs ont quitté un temps leurs domaines de prédiliction pour aborder la Fantasy. Je pense à Stephen King par le biais du Talisman par exemple ou Clive Barker dans ses derniers romans. Vous même pensez vous rester dans ce genre ?

Oui, je me sens vraiment bien dans ce style. Mais je travaille également sur un roman de SF que je souhaite finaliser prochainement.

Vos projets, à présent ? Le Tome 2 de Norânaë ?

Je l'ai achevé au mois de juillet et travaille actuellement à sa correction. Je suis cette fois ci seul dans cette nouvelle aventure, mais Jean-Renaud devrait travailler de nouveau avec moi sur un troisième volume.

Pouvez vous nous parler un peu de Cylibris, votre maison d'édition ?

Cylibris est une maison d'édition dont la vocation principale est de donner leur chance à de nouveaux auteurs. Ils travaillent sur plusieurs collections aussi diverses que le policier, la SF, les essais... Je les remercie pour leur passion, leur patience et leurs nombreux conseils.

Avez vous eu un coup de coeur récemment, en livres, cinéma ou musique ?

J'ai découvert il y a peu Equilibrium, que je n'avais pas eu l'occasion de voir au cinéma, un régal. Mes derniers films vus au cinéma sont Troie et Spider-man 2, je les ai appréciés tous les deux, mais mon coup de coeur reste la trilogie du Seigneur des Anneaux, et mon attente, Star Wars en DVD. Pour ce qui est des livres, c'est plus dur ! Travailler toute la journée, avoir une vie de famille et écrire ne laissent pas beaucoup de place pour le reste. Je lis actuellement "Les lions diffamés" de Pierre Naudin. Mon dernier coup de coeur en musique (il date un peu !) Shivaree, et dernièrement l'album d'Indochine, Paradize.

Je vous laisse le mot de la fin... la colonne vous est ouverte.

En premier lieu, merci de vous de votre intérêt et de l'opportunité que vous m'offrez de me faire un peu plus connaître. J'aimerais également en profiter pour remercier les lecteurs qui, soit directement, soit au travers de sites internet m'ont adressé leurs encouragements.
Une simple petite pensée pour terminer, moteur important de Norânaë : "L'amitié est une denrée rare et précieuse, ne laissez pas le temps vous la voler" ;

Ekta nelon, lan, merar e dem (Il est temps, maintenant, de vous laisser)


Un grand merci à Jacques Védie à qui l'on souhaite bonne chance et tout nos voeux de succès.

Si ce n'est pas déjà fait, je ne peut que vous conseiller son roman, dont vous trouvez les deux premiers chapîtres sur le site de sont éditeur.

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