Interview de Justine Niogret

/ Interview - écrit par Sylvain, le 01/05/2011

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DR.
Justine Niogret est une jeune écrivain (écrivaine ?) française dont les bios succinctes que l'on trouve sur le web disent qu'elle a 30 ans et qu'elle vit près de Brocéliande. Deux informations qui n'ont pas grand intérêt, et qui semblent un peu datées. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'elle a écrit un bouquin, Chien du Heaume (Mnémos, 2009) qui est une franche et belle réussite. Mais laissons-la un peu parler...

  • Mais au fait, qui êtes-vous vraiment ?

La dernière fois que je me suis regardée dans un miroir, j’étais une sorte de grande asperge un peu blonde avec des lunettes. J’ai eu trente-deux ans dernièrement, même que pour mon anniv j’ai eu une orchidée qui est morte ensuite. Je vis au soleil tout à fait contre mon gré, et j’ai gardé mes habitudes vestimentaires d’avant, ce qui fait que je meurs de chaud et que les gens se moquent. J’aime vivre dans la chambre, avec le pc, manger au lit, je recommence enfin à lire depuis que j’ai fini mon dernier roman. Je suis retombée dans Lovecraft et Colette, ce qui n’a pas grand-chose à voir, finalement, et puis de toutes façons j’ai perdu mon gros livre de Colette, alors ça a été vite torché. Je me suis mise au grec ancien mais pour tout vous dire, j’ai la flemme. Alors je joue à Fallout New Vegas.

  • Quelle est votre dernière oeuvre ?

Mordre le Bouclier. La suite de Chien du Heaume, qui n’est pas vraiment une suite, mais un peu quand même. Il parle de Chien, de Bréhyr, d’une quête, de la première Croisade. Des gens qu’on laisse derrière soi, de ce vers quoi on tend, et de recettes de cuisine.

Je crois.

  • Est ce que la gestation a été difficile ?

Oui et non, comme souvent. =) Oui pour d’infâmes raisons d’organisation. J’ai déménagé, eu beaucoup de choses nouvelles à gérer dans ma vie, des choses qui prennent du temps, de l’énergie, qui ont besoin de votre présence pour s’enraciner. Alors vous me direz que je n’avais qu’à pas jouer à Fallout et je vous répondrai qu’on ne se refait pas. J’ai beaucoup travaillé la nuit. C’était une ambiance assez spéciale, avec la maison endormie autour de soi. J’ai bien aimé. En fait Mordre a été écrit à la lumière des bougies.

Ceci mis à part, oui aussi, pour d’autres raisons ; Chien a été très bien accueilli, du moins j’en ai l’impression. Un second livre a deux chemins devant lui, à mon sens ; c’est soit l’assurance qu’on écrit plus ou moins bien, s’il est bon, soit la preuve qu’on s’exprime comme une patate et que ce livre-là, celui qui a plu, était un coup de chance qui ne se reproduira pas. J’en tirerais une grande source d’angoisse, donc, si j’y pensais. Heureusement que je n’y pense pas. Du moins j’essaye.

Depuis que j’ai reposé ma plume, ou arrêté de taper sur mon pauvre clavier, plutôt, je me suis rendu compte que depuis la première page écrite de Chien du Heaume j’avais toujours, depuis… trois ans, donc, toujours pensé à cette histoire, qu’à chaque instant elle était présente d’une façon ou d’une autre. Je ressens un grand vide, maintenant, mais aussi une grande liberté. En quelque sorte, j’ai défragmenté comme un vieux windows.

  • Dans quelle ambiance et dans quel lieu faut-il vous lire ? Avec quelle musique ?

Bonne question, à laquelle je n’ai jamais pensé. Je pense que la meilleure ambiance pour lire quoi que ce soit, même le dos d’une boîte de céréales, reste encore sur un fauteuil mou, sous une couverture, en chaussettes, avec un café et un Velux au dessus de la tête pour entendre la pluie. On me dit souvent que je suis le glamour incarné, et on a pas tort.

J’écoute beaucoup de musique, mais je travaille dans le silence. Alors quand je n’écrivais pas, j’ai beaucoup écouté d’Amon Amarth, de Hatebreed, de Lady Gaga, du Nachtmahr. Du Malicorne, comme toujours, surtout Balançoire en Feu qui à mon sens est une pure œuvre d’art, un coin de médiéval au milieu de notre époque. Du Loreena mc Kennitt, du Dead can Dance, surtout Fortune presents Gifts not According to the Book, que j’ai écoutée en boucle et qui m’a un peu trop touchée pour m’être totalement étrangère. Du Body Head Bangerz, Can’t be Touched, une chanson extraordinaire (à mon sens) sur la rage d’être soi, de Roy Jones. Denez Pringent, An Hini a Garan, une très belle chanson à propos du départ et de l’attente. Insane Clown Pose, aussi, leur chanson ridicule Miracles, qui me touche, sans doute parce qu’elle est extrêmement naïve, disons-le comme ça. Marin Marais, aussi. Korpiklaani, leur chanson sur le cheval noir qui parcourt le monde et qui finit toujours par rentrer chez lui, des ragas, comme l’album Shringar, par exemple. The Temper Trap, aussi, Sweet Disposition, qui m’est entrée dans la tête à la première écoute sans que je lui demande. Bon. Si je devais choisir deux chansons à écouter avec ou pendant Mordre le Bouclier, je dirais Je suis le Vent de Gabriel Yacoub sur son album Babel, pour « je t'attendrai là sous un ciel géant, le souffle coupé et le coeur vivant. Je suis le vent. » et… je ne sais pas. Je vous dirais bien Gunther, Touch me avec Samantha Fox, mais soyons fous et choisissons plutôt Ryker’s, Beg to Differ.

  • Un livre de quelqu'un d'autre qui vous a plu ? Pourquoi ?

Tourgueniev, Mémoires d’un Chasseur. La Russie en 1850. Un chasseur voyage sur ses terres, sur les terres de sa famille, de ses amis. Il ne se passe rien de spécial, c’est un juste prétexte à des rencontres, des portraits. J’ai trouvé ce livre très beau, très juste, très paysan, dans le sens de « proche de la terre ». Très inscrit dans le temps, puisque très humain, et à la fois toujours vivant. J’en suis sortie émerveillée, un peu, comme au sortir d’une tente de diseuse de bonne aventure, dans les romans.

  • Une chose qui vous énerve ?

Quand quelqu’un finit mon fromage dans le frigo. Sincèrement.

  • Une chose à rajouter ?

J’ai un petit coin dans mon bureau, au mur, avec des colliers de pacotille, des pendentifs en forme de cage à oiseau, de montres anciennes, de sabliers. Des coquillages, des petits tubes en verre pleins de carapaces de scarabées. Je l’aime beaucoup. Il doit y avoir une quinzaine de… trucs. Au milieu, au juste milieu, il y a la reproduction d’une peinture. C’est une nature morte, l’étal d’un boucher. J’aime beaucoup ce coin. Beaucoup.

Je remercie chaleureusement Justine Niogret pour toutes ses réponses.

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