6.5/10Un Horizon de cendres

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 17/01/2009
Notre verdict : 6.5/10 - In your heeaaaaaaadddddd (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 3 réactions

Les morts-vivants se lèvent lentement, prêts à dévorer des cerveeeaaaauuuuxxxx. Un horizon de cendres lui se lit vite, s'oublie vite et n'atteint pas le cerveau.

Un être titubant s'approche, le regard terne et la peau grisâtre. Ses deux mains levées à hauteur de poitrine, il se dirige d'une lenteur étonnante vers tout ce qui ressemble à un être humain. Seul, il est vulnérable. Mais il est rarement seul, et sous le nombre, il parvient toujours ou presque à attraper sa proie. Son but : la plupart du temps, dévorer des cerveeeeeaaaaaauuuuuxxxxx !! Vous l'aurez reconnu, c'est le zombie qui sera le sujet d'Un horizon de cendres de Jean-Pierre Andrevon. Un personnage beaucoup moins courant en littérature qu'au cinéma, même si la BD semble s'être lancée dans cette voie (Marvel zombies, Les zombies qui ont mangé le monde). Si d'ailleurs vous avez besoin d'un rappel concernant le zombie au cinéma, je ne saurais trop vous conseiller le superbe dossier de Krinein.

Quand l'appétit va, tout va

Kemper, marié et père d'une petite fille, est employé dans un crématorium. Autant dire qu'il s'y connaît en morts. Pourtant, quand les premiers commencent à revenir, c'est un véritable choc. Que faire quand les cadavres emplissent de plus en plus les rues ? Certes, ils ne sont pas méchants. Ils sont juste attirés par les êtres humains, peut-être en souvenir du bon vieux temps de leur vie. En bref, ils sont collants. Et flippants. Car ils ne meurent jamais : ils sont presque immortels. On peut les démembrer, leur exploser leur cervelle, les cramer même, comme dans les meilleurs films de zombies. Et pourtant ils se régénèrent toujours, surtout quand le soleil est haut dans le ciel. Flippants, on vous dit. Mais le pire est sans doute qu'ils évoluent : d'abord ce sont les morts encore frais qui se relèvent, puis les générations d'avant, et les précédentes. Combien de morts y a-t-il eu depuis le début de l'humanité ? Et le fin du fin, l'ultime évolution est que les morts-vivants découvrent qu'ils peuvent se nourrir du cerveau de leur ex-congénères. Et acquièrent, en passant, de plus en plus d'intelligence. L'humanité est-elle vouée à sa perte ?

Ne pas passer pour un décérébré

Souvent l'amateur de zombies ne voulant pas passer pour un décérébré (ahahaha) aimant les entrailles qui giclent aborde les films sous un angle de critique de la société. Ainsi de Zombie le premier du nom qui prend appui sur le consumérisme à outrance à Land of the dead, symbole d'un nouveau monde en construction sur les ruines de l'ancien. Que penser de ces zombies d'abord complètement idiots et inoffensifs qui deviennent ensuite de plus en plus intelligents et agressifs ? De ces non-vivants passant d'une (re)naissance pacifique à un âge plus évolué, du niveau d'un enfant de 5 ans, selon les termes même de l'auteur ? Doit-on y voir le signe d'une débâcle annoncée de notre civilisation ? Il n'est certainement jamais facile de décrypter les intentions d'un auteur, si intentions il y a. Car cette critique de la société qu'on recherche toujours se situe peut-être ailleurs. Dans les discours scientifiques qui ne parviennent pas à aborder la solution miracle au problème, montrant par là l'inutilité de la simple théorie. Dans les discours convenus des hommes politiques où le terme plus correct de non-vivant remplace le terme de mort-vivant. Dans l'échec de ces politiques, de l'armée, de la police, que sais-je encore, à sauvegarder un monde lorsque les zombies débarquent. Ou bien encore dans cet instinct de survie qui pousse à construire une société même dans les pires moments, qui pousse l'homme à se rassembler pour faire face. Quelques pistes de réflexions saupoudrées ici et là mais pas grand chose de réellement convaincant.

Un horizon de cendres

Ce qui ressort en fait d'Un horizon de cendres, c'est tout simplement l'histoire d'un homme qui va voir sa vie partir petit à petit en miettes. Dans un premier temps, il va tenter de conserver tout ce qui faisait son ancienne vie. Continuer à se rendre au crématorium. Promener la chienne. Comme un radeau de sauvetage, une dernière bouée. Mais les zombies ont ceci de particulier qu'ils ont le nombre comme force, et qu'ils sont en général inarrêtables, d'autant plus quand ils ne peuvent plus mourir, comme dans le livre d'Andrevon. Plus de radeau, plus de bouée, les zombies submergent l'humanité, et Kemper en particulier. Sous cette déferlante, il va voir partir sa chienne, puis sa femme et sa fille. L'instinct de survie étant plus fort que tout, il va même finir par tenter de se reconstruire. Peine perdue. Il n'a plus devant lui qu'un horizon de cendres. Au final, cette histoire nous pose une question essentielle : que ferions-nous à cette place ? Abandonnerions-nous le combat ? Vaste question...

Lire un livre de zombies est assurément une expérience complètement différente de voir ces hordes de morts-vivants avancer sur nous au cinéma. En tout cas pour ce livre-là. Parce que Jean-Pierre Andrevon évite la plupart du temps les descriptions explicites auxquelles on s'attend forcément. En conséquence, l'imaginaire du lecteur tente, tant bien que mal, de prendre la main, visualisant les morts-vivants en recomposition, en train d'attendre sans but, inlassablement. Et à vrai dire, il manque franchement toute cette oppression qu'on peut ressentir sur grand écran. Les zombies d'Un horizon de cendres ne mettent pas le trouillomètre à zéro, ils ne dégoûtent pas non plus. Et des scènes zombiesques qui manquent de tripes, c'est franchement dommage.

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