8/10La Horde du contrevent

/ Critique - écrit par Kassad, le 12/04/2006
Notre verdict : 8/10 - Contre vents et marées (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 7 réactions

C'est toujours quand j'ai l'impression que la lecture ne pourra jamais plus m'intéresser, quand je suis dégouté des romans, après une indigestion littéraire massive où se mèlent le dernier Dan Brown avec les mémoires de Marc Aurèle (vous savez, le père spirituel de Gladiator) et entre deux coupures de Millenium People que je tombe sur l'inattendu, la singularité, le truc inclassable. Techniquement on peut dire que La horde du contrevent est un roman de SF, voire de fantasy. En fait c'est tout un monde symbolique, philosophique qui se cache derrière la Horde. La plus grande réussite de l'auteur est que chaque lecteur peut y trouver son interprétation : ce roman vous fera penser, cette histoire vous demandera autant qu'elle vous aportera.

L'action se déroule sur une planète balayée par les vents. Une horde est formée pour remonter contre le vent et en trouver l'origine : l'extrême amont. Ils ont des règles simples : ils doivent se déplacer à pied pour rencontrer les neufs formes de vent. Chaque membre porte, tatoué dans leur dos, une partie de la carte qui guide leur quête. A leur tête Golgoth entouré de deux piliers massifs fait la trace. Ils sont tous surentraînés, embrigadés depuis leur plus jeune âge. Ils sont la 33ème Horde à se lancer dans ce défi insensé de trouver le bout du monde à la seule force de leurs jarrets. Leur récit est conté par Sov Sevcenko le scribe de la Horde.

Le début du roman est très difficile à appréhender. C'est simple sur la première dizaine de page on ne comprend rien. Chaque membre de la horde est identifié par un symbole (un glyphe). Ils sont 23 et le récit n'est constitué que des différents points de vue des hordiers. En plus en basant son histoire sur un élément, le vent, Damasio a créé son propre monde avec son propre vocabulaire, ses références. Le mélange des voix, l'absence d'explications et la quête incompréhensible font qu'il est impossible de trouver un quelconque point de repère. Pourtant peu à peu on rentre dans cet univers au point d'avoir le sentiment de faire partie de la Horde.

Ce roman est ambitieux. La quête qui consiste à lutter à chaque instant pour trouver un inaccessible extrême amont peut s'interpréter d'une multitude de façons : ce sont tous les symboles de l'adversité, de la noblesse, de la fraternité, de la volonté qui sont dessinés. Chaque hordier incarne un sentiment, et c'est la combinaison de tous qui forme un pack dont la valeur est supérieure à la somme de ses parties. Tout comme ce livre est supérieur à la somme des mots qui le compose. En effet le lecteur en se projetant dans la horde, en imaginant sa vie comme cette quête insensée, participe activement à la construction de cette histoire. La lecture de La horde du contrevent est exigeante, elle a un coût mais elle vous le rendra avec intérêts.

L'ambition a son revers : la déception. Bien qu'elle soit rare, il arrive cependant que la qualité d'écriture de Damasio fléchisse en cours de récit. Ces quelques instants s'ils affaiblissent l'ensemble ne le mettent pourtant pas en péril. Ils sont juste rageants et étonnants (tellement la différence de niveau semble grande). Mais ce ne sont pas ces moments qui résoneront longtemps dans votre esprit j'en suis sûr. Bonne lecture, bon vent.

A découvrir
Neuromancien
Neuromancien
Jeu de la possession (Le)
Jeu de la possession (Le)
Herbe bleue (L')
Herbe bleue (L')