8.5/10L'Homme Innocent

/ Critique - écrit par Lestat, le 19/02/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Seul(e) contre tous (Ecrivez votre critique)

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Il y a quelques temps de cela, Marija Nielsen apparaissait dans nos colonnes à l'occasion d'une interview. Aujourd'hui, c'est avec une joie non dissimulée que nous la retrouvons à la case Livres, à l'occasion de son premier roman. L'Homme Innocent, l'histoire simple d'un homme simple, simplement là au mauvais endroit au mauvais moment. Cet homme, c'est Louis. Pas Emile Louis, juste Louis, inquiété dans une affaire sordide de meurtres d'enfants qu'il n'a pas commis. Il y a aussi une femme, Adèle, une mère que les circonstances privent de son fils. Pour la police, Louis est au pire coupable, au mieux suspect. Faute de preuve, il n'est bientôt plus rien, seul subsiste le doute. Dans son chagrin, Adèle n'a que faire de la nuance...aux trousses de Louis, elle ne vivra plus que pour une idée fixe : retrouver son enfant...

Voila l'intrigue et les personnages, il n'y a plus qu'à mettre sous bocal et observer. Il y a des romans qui se vivent, d'autres qui ne font que se lire, certains qui endorment, l'Homme Innocent s'observe. Il s'observe car ne prend aucun parti, ne livre aucun jugement, donnant tout au plus au lecteur quelques clés pour comprendre, si tant est que ce soit possible. Un homme qui avait trop bon coeur. Une mère prise dans le pire des drame. Et un périple de près de vingt-cinq ans, fait de rapprochements, de fuites, de crises, d'insultes, de larmes et de faux apaisements. Car Adèle a besoin de Louis, seule branche tangible où se raccrochera sa raison vacillante. Louis qui bientôt ne pourra plus se passer de cette femme entrée de force dans sa vie. De déménagement en déménagement, de coups de fil en coups de fil, une étrange relation se construit entre ces deux fuyards d'un passé devenu trop lourd à supporter en solitaire. L'Homme Innocent est une tragédie au sens le plus théâtral du terme, que Marija Nielsen nous fait vivre par les yeux de chaque personnages, avant de rediriger le récit de sa propre voix, sans toutefois s'y introduire.

Avec ses changements de points de vue maîtrisés, son récit limpide et son écriture à fleur de peau, L'Homme Innocent devient une sorte de cavale permanente à la tonalité implacable, où l'on contemple, impuissant, deux êtres tiraillés entre l'amour et la haine, pris dans une situation aussi surréaliste mais somme toute, aussi plausible qu'un syndrome de Stockholm. Premier roman, L'Homme Innocent souffre de menus défauts. Plongé dans cette histoire humaine, quelques dialogues, plus "écrits" que "parlés" nous ramènent dans la littérature. Un petit passage à vide se fait également sentir dans la dernière partie, une certaine routine qui n'a malgré tout pas le temps de complètement s'installer. Le roman est court et déjà le dénouement arrive. Dénouement qui met en lumière un aspect du livre qu'on ne devinait qu'à demi-mot : l'Homme Innocent était un ouvrage sombre, un ouvrage triste, un ouvrage qui n'oubliait pas d'être subtil, un ouvrage non dénué d'une certaine absurdité parfois. Refermé, il est avant tout un ouvrage sans espoir, désespéré et amer, traversé d'interrogations en suspens particulièrement remuante. Jusqu'où peut-on aller pour ne pas voler en éclat ? La vérité est-elle toujours un soulagement ? Jusqu'où peut-on aider quelqu'un ?

Et si Louis n'avait pas pris Vincent dans sa voiture, ce jour là ?

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