9/10Le Grand nulle part

/ Critique - écrit par Val Lazare, le 17/02/2003
Notre verdict : 9/10 - ‘Il était écrit que je fusse loyal au cauchemar de mon choix’. (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

...Ca y est. Le Grand Nulle Part, page 627, point final. White Jazz et L.A confidential sont encore un peu plus que des souvenirs et je me demande s'il ne vaut pas mieux finir la série de James Ellroy par son premier volume : le Grand Nulle Part.

Le Rideau s'ouvre sur Los Angeles le 1er jour de l'an de grâce 1950. Les mécanismes archi-connus des polars et romans noirs à savoir le côté rétro de l'après-guerre, des flics bien virils qui se cassent la gueule pour résoudre une enquête, l'amour malsain entre le poulet et sa bouteille, les relations sentimentales inexistantes... au mieux atomisées et le coup du gentil/méchant flic, James Ellroy les reprend et les sublime.

Que ce soit d'ailleurs pour Le Grand Nulle Part, L.A confidential ou pour White Jazz, la donne est la même. Pas de gentil, pas de héros, rien que des salauds. Sauf que certains le sont plus que d'autres. Noyés sous un décor commissariat/scène de crime/politique/mafia/showbiz, trois bonhommes sont jetés sous les feux de la rampe. Mal Considine du LAPD, lieutenant consciencieux dont le mariage, construit sur l'horreur des camps de concentration, commence à battre de l'aile et laisse présager l'orage du divorce. Buzz Meeks, ancien flic et connu dans toute la ville pour avoir été le mec en uniforme le plus corrompu de la côte ouest. Enfin, Danny Upshaw, adjoint du LASD, encore jeune recrue mais déjà bon flic, qui voit ses rêves de devenir galonnard se rapprocher. Possible aussi que le rêve devienne cauchemar.

Un homme retrouvé déchiqueté sur les collines de L.A et une enquête en sous-marin pour faire tomber les têtes "communistes" des studios de cinéma devant le grand jury et le rouleau compresseur est lancé... trois flics salauds peints au vitriol et complètement attachants. Car s'ils sont loin d'être innocents, nos mauvais garçons sont engagés sur une voie qui va les mener au bout d'eux-mêmes : Buzz Meeks, sa volonté de rédemption et son amour pour la nana du parrain de L.A, Considine et sa bataille pour donner un sens à sa vie (il n'est d'ailleurs pas sans rappeler un certain Jack Vincennes) et Upshaw, animé d'une passion/dégoût pour le monstre qu'il veut attraper.

Voilà un peu tout ce qu'on trouve dans le Grand Nulle Part. Le résultat en est une peinture sale, fiévreuse, halluciné et tout à fait adorable du Los Angeles des années 50. Si vous connaissez un tant soit peu James Ellroy, vous savez à l'avance que ce bouquin est estampillé d'un "abandonne tout espoir". Cet espoir qui fait tenir nos trois héros et le lecteur de page en page sur un rythme entêtant "Je vais m'en sortir, ils vont s'en sortir". Au final, et après un récit-enquête absolument colossal, le lecteur ne peut s'empêcher de sourire, lâchant à l'adresse d'Ellroy un amical "l'enfoiré !"

Car après avoir lu la trilogie chronologique, le Grand Nulle Part s'avère un chouia moins drôle dans le désespoir et donc plus sombre que les deux opus qui le suivent. Ce qui ne vous empêchera pas d'éclater de rire au détour d'une page, l'argot flic/criminel étant des plus cocasses. Que dire d'autre sinon que les trois volumes regorgent de scènes d'anthologie qui vous donneront le frisson : l'épopée du plus grand des culottés, j'ai nommé Buzz Meeks, dans le Grand Nulle Part, couplée avec les premières pages de L.A confidential... le personnage de Dudley Smith qui ne prend toute son ampleur qu'à la lecture des trois volumes et plus encore.
Si vous aimez un tant soit peu les polars, je ne peux que vous conseillez de lire ces trois romans.
...Il était écrit que je fusse loyal au cauchemar de mon choix - Joseph Conrad dans Au coeur des ténèbres

A découvrir
L.A. confidential
L.A. confidential
Dahlia noir (Le)
Dahlia noir (Le)
White jazz
White jazz