8.5/10Ma grand-mère chante le blues... tout en couleurs

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 17/10/2011
Notre verdict : 8.5/10 - Elle voit la vie en blues (Ecrivez votre critique)

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Une grand-mère, une vie exaltante bercée par le souvenir d’un amour perdu.  Un coup de foudre peu ordinaire pour l’époque d'après-guerre  : un soldat afro-américain débarqué en Normandie, et à l’origine du talent qui caractérise aujourd’hui la vieille dame : le goût pour le Blues. Une passion aussi enivrante que tragique, tout comme ce récit doux-amer.

Les grand-mères, voix de la sagesse dans le regard de leurs petits-enfants, possèdent généralement un talent propre que ces derniers peuvent allègement mettre en concurrence dans les cours de récré.  Même derrière cet épiderme fin et plissé, cette mémoire défaillante et cette oreille moins affûtée, toutes les mamies ont également été de jeunes filles enjouées, imprégnées d’une Histoire trépidante ou poignante qui colore encore leurs vieux jours. C’est en quelques sortes un de ces passés éclatants que raconte l’album Ma grand-mère chante le blues. Simon Martin tient la barre et Bertrand Dubois hisse la voile de ce récit imaginaire et tendre aux confins du témoignage historique.

Ma grand-mère chante le blues... tout en couleurs
Illustration de Bertrand Dubois,
issue de Ma grand-mère chante
le blues, texte de Simon Martin,
Rouergue 2011


Sous une plume candide et teintée d’un humour léger, Simon Martin offre à son personnage principal, la grand-mère, une vie exaltante bercée par le souvenir d’un amour perdu.  Un coup de foudre peu ordinaire pour l’époque  : un soldat afro-américain débarqué en Normandie, et à l’origine du talent qui caractérise aujourd’hui la vieille dame : le goût pour le Blues. Une passion aussi enivrante que tragique, tout comme ce récit doux-amer. Un peu comme le traitait l’album Le trou pour le génocide arménien, c’est aussi le fait authentique qui est retracé en arrière-plan de Ma grand-mère chante le blues. Evoqués de manière voilée sous le prisme du souvenir de l’aïeule, la libération de la Normandie par les Américains lors de la Seconde Guerre Mondiale, puis les émeutes raciales de 1968 à Chicago, sont autant d’ouvertures pour entrer dans ces sujets délicats et encore méconnus pour les jeunes lecteurs. Dans la veine du journal intime et du témoignage, les mots s’enchaînent comme les images d’un poème innocent et touchant, illustrant par évocation l’univers particulier qu’est le Blues.

Ma grand-mère chante le blues... tout en couleurs
Illustration de Bertrand Dubois, issue
de Ma grand-mère chante le blues,
texte de Simon Martin, Rouergue 2011

 

D’une grande force dans son traitement, l’illustration de Bertrand Dubois s’arme de couleurs franches, pleines de vie, comme si le souvenir de la grand-mère était encore bouillonnant dans son esprit. L’opacité et l’expressivité du pastel gras, mariées à des détails très fins comme le collage de matières ou le crayonné permettent d’esquisser avec brio le mélange d’onirisme et de réalité tragique qui caractérise la mémoire du personnage. Grattée, frottée comme pour enlever une couche et décrypter les messages cachés, la texture du pastel participe autant à l’émotion que les éléments figurés. Grâce aux compositions fantaisistes qui structurent certaines grandes planches, on se laisse facilement emporter dans un voyage quasi-surréaliste.  Les traits des visages, les corps tout en courbes sont d’autant plus mouvants et touchants qu’on parvient sans peine à y lire « le vide, le plein » comme Simon Martin aime à définir le Blues.

 

Référence à une musique complexe difficilement traduisible sur papier, Ma grand-mère chante le blues s’avère pourtant être un objet personnel, délicat et émouvant sur le sujet, mené de concert et tout en sensibilité par Simon Martin et Bertrand Dubois. Permettant d’ouvrir la discussion sur deux moments-clefs de l’Histoire, l’album peut également être l’occasion de renforcer le lien entre deux générations. Un récit poétique et nostalgique qui devrait attiser la curiosité des enfants en âge de saisir les nuances du fait historique (plutôt à partir de 6 ans), mais aussi combler les attentes des plus grands – amateurs d’écriture et d’illustration oniriques.

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