7/10Un garçon sachant siffler

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 25/06/2012
Notre verdict : 7/10 - Sans son chien ? (Ecrivez votre critique)

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Les éditions Didier Jeunesse inaugurent cette année une nouvelle collection, Cligne-Cligne, permettant d’introduire à une nouvelle génération des albums d’autrefois, méconnus du public français. Un projet intéressant qui devrait sans hésitation faire mouche, vu le grand retour de l’esprit vintage, notamment en illustration. L’un des deux livres ouvrant cette nouvelle série, Un garçon sachant siffler, n’avait jamais été publié en France. Ecrit et illustré par Ezra Jack Keats, il nous vient tout droit de l’Amérique des années 60, et nous présente un univers et un personnage simples, frais et universels : un petit garçon crapahutant dans les rues de sa ville. Spécificité sans doute plus commune de nos jours (quoique…), la grande révolution qu’opère ce recueil dans la littérature de jeunesse de l’époque est le choix du jeune protagoniste : un enfant noir. Le jeune Peter aura tant de succès qu’il sera le héros de six autres épisodes. Keats est le premier auteur américain à choisir de centrer ses histoires sur des personnages issus de minorité, en écho aux expériences de discrimination dont il a lui-même été victime. Du reste, l’album n’a pas du tout le goût d’un plaidoyer mais bien celui de l’aventure du quotidien, et les effluves d’une enfance espiègle qui sera familière à tout un chacun.

Un garçon sachant siffler
Illustration de Ezra Jack Keats, issue d'Un garçon sachant siffler, Editions Didier Jeunesse, 2012

L’histoire que raconte Un garçon sachant siffler tient d’ailleurs en quelques lignes et s’avère justement très linéaire pour toucher surtout les plus jeunes : Peter ne sait pas siffler, mais il aimerait bien apprendre. Cela lui permettrait entre autres d’appeler son chien Willie ou d’épater ses parents. Un parcours sinueux dans les rues d’une grande ville (sans aucun doute New York) et quelques essais plus tard, Peter atteindra son but. Le texte sans esbroufe destiné à un lectorat en bas âge utilise un vocabulaire simple et plutôt descriptif. Les phrases courtes et leur ton oral et bien rythmé, parfois un brin scolaires dans leurs formulations, sonnent par moment comme dans les vieux manuels de lecture. Sans doute à l’image de la littérature traditionnelle d’autrefois, peu de place est laissée à l’humour, pour rester dans l’authentique et le terre-à-terre enfantins : Peter se déplace d’un endroit à l’autre en questionnant ce qu’il voit, l’auteur décrit avec le plus de précision possible ce qu’il fait ou ce qui se passe. On ne trouve pas encore l’audace parfois présente dans les histoires d’aujourd’hui, et pourtant ce petit bonhomme nous paraît bien attachant par sa candeur et ses facéties universelles. Une petite anecdote se détache : la course brève de Peter cherchant à semer son ombre semble faire un clin d’œil à un passage vécu par son homonyme dans un autre livre, Peter Pan.

Un garçon sachant siffler
Illustration d'Ezra Jack Keats, issue d'Un garçon
sachant siffler, Editions Didier Jeunesse, 2012
Les illustrations de Keats offrent un camaïeu de couleurs chaudes et naturelles qui ne détonnent pas dans le paysage de l’édition actuelle. Les tonalités jaunes et orangées font ressortir la silhouette brune de petit Peter habillé de son t-shirt bigarré. Les gestes et les postures presque chorégraphiques de l’enfant se détachent des décors grâce à la technique judicieuse du collage, qui alterne avec un jeu de lavis, de matières et d’empreintes à la fois plastiques et graphiques. On sent dans l’agencement minimaliste, coloré et théâtral des planches que l’illustrateur est aussi peintre, et sa façon de représenter la ville de Peter montre qu’il souhaite donner une dimension émotionnelle à ces lieux de vie et de jeu. La représentation de sa famille et de son foyer reste très traditionnelle (nous sommes dans les années 60 !) mais on assimile sans peine les situations de l'album à celles de notre quotidien.

Sur une trame linéaire et simple permettant aux plus jeunes de s’identifier, Un garçon sachant siffler nous offre la promenade urbaine d’un petit garçon, assez universelle malgré son contexte pourtant spécifique et daté. Les couleurs chatoyantes qu’utilise Ezra Jack Keats pour suggérer la ville, et sa façon attachante, ronde et tranchée, de représenter son petit personnage, nous semble toujours moderne et percutante aujourd'hui, et surtout nous donnerait presque envie de le suivre dans ses autres aventures. Une prochain opus de la collection Cligne-Cligne, peut-être ?

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