6/10Fountain Society

/ Critique - écrit par Lestat, le 01/08/2006
Notre verdict : 6/10 - That's only a book...That's only a book...That's only a book...That's only a book... (Ecrivez votre critique)

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Si il arrive qu'un écrivain passe à la réalisation, le contraire se fait plus rare. Raison de plus pour se pencher sur Fountain Society, premier roman d'un cinéaste qu'on ne présente plus, Wes Craven. Si Wes Craven n'a pas d'univers à proprement parler, ses films dénotent quelques interrogations qui lui sont propres : le monde des rêves (Les Griffes de la Nuit, l'Emprise des Ténèbres), la famille (le Sous-Sol de la Peur, la Colline a des Yeux, la Dernière Maison sur la Gauche) ou encore la réalité et sa perception (Les Griffes de la Nuit, les trois Scream). Le bonhomme s'est également intéressé de près à la science et ses dérives, avec la Créature du Marais, mais surtout, l'Amie Mortelle. Fountain Society dans le fond, est un peu la somme de toutes ces obsessions, pour une trame rejoignant vaguement celle de l'Amie Mortelle.

Peter Jance, marié, brillant scientifique d'un projet top secret de l'armée américaine est aussi un homme gravement malade. Âgé et touché d'un cancer, son seul espoir de survie se trouve entre les mains de son confrère, le Dr. Frederick Wolfe. L'opération est folle : transférer le cerveau de Peter dans un corps sain et plus jeune. Pourtant, cette première expérimentation humaine du projet Fontaine est une réussite et le nouveau Peter Jance reprend rapidement travail et poil de la bête. Mais quelque chose cloche. Peter a des souvenirs qui ne sont pas les siens, des réflexes qu'il ne connaît pas. Et rencontre une femme qui lui est familière et inconnue à la fois...

Technologie, mémoire génétique, paranoïa façon "on nous cache tout, on nous dit rien", on attendait Wes Craven sur le terrain du thriller ou de l'épouvante, et voici que Fountain Society se dévoile comme un roman de SF façon Crichton. Sujet aussi ambitieux que casse-gueule dont le réalisateur et désormais écrivain se sort sans trop de soucis. Ce qui signifie simplement ici que Fountain Society ne tombe pas dans le ridicule. Car de là à dire que le roman est une franche réussite, il y a un pas qui ne se franchit pas. Tout simplement parce que Wes Craven reste Wes Craven, et qu'il tienne une caméra ou un stylo, son style ne surprendra pas ses habitués. Si les principales qualités de son cinéma ont rejoint le format papier, en témoigne une écriture fluide, à la lisibilité parfaite et un goût pour les personnages typés, ses défauts font hélas de même. Gare aux grosses ficelles dans cette histoire parfaitement prévisible dont on devine rapidement les tenants et les aboutissants. Les détracteurs de ce cinéaste parfois un peu trop lisse trouveront encore matière à médire. Laissons-les grogner, car à part cela, le roman se lit sans déplaisir et réussit à surprendre par son pessimisme. Alors que Wes Craven dans ses films avait peu à peu viré vers une sorte d'optimisme, où le bien triomphe invariablement du mal sans séquelles, Fountain Society reviens vers une forme de noirceur bienvenue, bien que l'ensemble soit toujours manichéen. Entre personnages déchirés par leurs sentiments, troubles magouilles et la dualité parfois néfaste de Peter Jance, à quoi s'ajoute une louche de gore, Craven joue en terres adultes, bien que se faisant une fois encore trop sage. Maniant l'onirisme, l'aventure et quelques réflexions sur la nature humaine, Fountain Society est un roman que l'on sent un peu bridé. Là encore, le passif de Wes Craven est à mettre en avant. Construit comme un film, le roman n'exploite jamais vraiment les possibilités du registre littéraire : le livre est linéaire, sans extravagances dans sa progression et son imaginaire reste parfois désespérément terre-à-terre. Pourtant avec un sujet pareil, il y avait de quoi se "lâcher" un peu.

Semi-réussite pour Wes Craven, qui explore un support où il ne semble pas vraiment à l'aise. Fountain Society a heureusement pour lui un aspect ludique et rafraîchissant, qui rappelle que la lecture est également un divertissement. Sorti en film, on aurait dit de Foutain Society qu'il est une petite série B. La littérature n'ayant pas d'équivalent à l'expression, appelons cela un roman mineur. Ou un plaisir coupable...

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