8.5/10Le Fils de l'homme invisible

/ Critique - écrit par knackimax, le 20/01/2008
Notre verdict : 8.5/10 - Bien vu (Ecrivez votre critique)

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Un moment de plaisir et d'originalité très personnel et plein de charmes cachés. Il s'agit de malice et de tact compressés dans un pavé d'une légèreté inouïe.

Qui est François Berléand ? Sur les dix dernières années, il est le personnage le plus bougon du cinéma Français. Il a exploré la palette des émotions du râle comme personne, et ce toujours avec la justesse que méritait son personnage. Il a su être émouvant, inquiétant, triste, froid, cynique et même jovial. Né en 1952 et après une filmographie impressionnante de plus de cent cinquante films sur une courte période d'une trentaine d'années, il reçut en 2006 des mains du ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres les insignes de chevalier de la Légion d'honneur. Cette même année, quatre films sont au programme ainsi qu'un livre, Le fils de l'homme invisible, qui raconte son enfance.

Attention, nous touchons ici à une œuvre majeure dans son domaine. Majeure car unique. En effet le milieu étendu des livres d'acteurs est vaste bien que peu varié. Il tient le plus souvent d'un style autobiographique parfois incertain, parfois frustré de ne pouvoir se prénommer mémoires. Œuvre majeure donc, car l'originalité du style et de sa présentation anti-larmoyante le place au-delà de tout cela et le place à part dans ce monde solitaire ou il est roi. C'est toutefois un royaume très orphelin que François Berléand nous présente. Là où culmine ce cher tonton du cinéma, c'est qu'il signe un livre que l'on ne pourra pas considérer comme une œuvre bateau ou un roman fleuve mais comme un moment de plaisir et d'originalité très personnel et plein de charmes cachés. Il s'agit de malice et de tact compressés dans un pavé d'une légèreté inouïe. Les phrases sont simples et descriptives et la simplicité teintée d'humour des pensées d'enfants nous baladent. D'autant plus que cet enfant est original : c'est le fils de l'homme invisible.

Sur un sujet difficile comme l'impossibilité d'exister en étant le seul a être persuadé de son héritage exceptionnel (tiens ca ressemble à une description de l'adolescence), le petit François brode son histoire et sa jeunesse et la teinte des éléments cocasses du quotidien des super héros qui souffrent de leur handicap, ainsi que d'une gaité parsemée de suppositions d'un mal être profond. Il va encore plus loin en faisant de son angoisse un film en noir et blanc teinté de Slapstick. Le tragicomique constant de la situation n'est pas une répétition de tartes à la crème. Bien au contraire, la légèreté qu'apporte le thème de l'enfant invisible que tout le monde voit est un paradoxe envoûtant et émouvant. Il nous emmène dans des thèmes de psychanalyse importants et se relie au fur et à mesure du récit avec les autres éléments impalpables et abstraits dans l'univers des enfants. Nous nous rappelons avec un sourire béat encore accroché aux lèvres de ce héros parodique dans le film Mystery Men où le jeune super héros explique qu'il est invisible lorsque personne ne le regarde.

Toutes les questions que pourrait se poser un petit garçon passent dans la tête de François Berléand et s'y emmêlent, et ce jusqu'au fondement de sa cellule familiale : qui est mon père et où est-il ? C'est d'autant plus important pour lui que son père est celui qui lui annonce la bonne nouvelle sur son pouvoir. Le rédacteur omniscient qu'est le Francois que nous connaissons a quant à lui bien analysé ses craintes vieilles d'un demi-siècle et s'amuse de ses tracas tout en étant sincèrement désolé d'affection pour le petit bonhomme qu'il était. Cette affection est très communicative et nous permet de nous promener à ses côtés dans le vieux Paris. On se balade avec son propre papa (pour ma génération) en sépia tout comme la pochette du livre qui nous montre un jeune homme pittoresque en culotte courte. Et dans les rues de son enfance, son gros cartable dépassant de ses épaules et ses galoches un peu usées aux pieds, la promenade est libératrice pour l'auteur comme pour le lecteur. On apprend tout sur l'enfant et très peu sur le futur adulte qui semble s'effacer complètement derrière son portrait. Cela nous permet d'en profiter au point que lire en devient alors tout aussi automatique que semble être pour notre comédien le processus d'écrire.

N'hésitez donc pas à vous procurer ce livre pour le feuilleter a votre fenêtre et vous arrêter au cours des pages parcourues pour regarder le monde sous vos pieds et le ciel qui le surplombe. Regardez-vous ensuite dans un miroir et constatez que vous existez. Si vous constatez que vous n'existez pas, revenez-y à deux fois et vous finirez par vous trouver.

Je l'ai fait, j'existe, je me suis rencontré.

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