8.5/10Fifi Brindacier

/ Critique - écrit par Danorah, le 25/07/2008
Notre verdict : 8.5/10 - Une fille en or (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 3 réactions

Fifi Brindacier, la petite fille exubérante que tout le monde connaît, a plus d'un tour dans son sac et ne cesse d'émerveiller les enfants. Mais replacer l'oeuvre dans son contexte historique révèle en fait un récit bien plus subversif qu'il n'en a l'air...

Comment s'appelle la petite gamine la plus forte et la plus farfelue de la Terre ? Fifi Brindacier, bien sûr ! La petite gamine n'est pourtant plus de la première jeunesse, puisque c'est en 1945 qu'est publié pour la première fois le récit de ses aventures, dans le pays d'origine de son auteur, la Suède. Elle s'appelle alors Pipi Långstrump, littéralement « Pipi (ou Petite) Longuechaussette ». On comprend aisément que les traducteurs se soient permis quelques infidélités vis-à-vis de cet étrange patronyme. (Moins embêtés, nos amis italiens se sont fendus quant à eux d'un quasi-littéral et claironnantIllustration de Daniel Maja
Fifi crayonnée (par Daniel Maja)
Pippi Calzelunghe.) Plus étonnant, l'édition française de 1995 stipule que la première traduction de l'œuvre d'Astrid Lindgren avait subi une édulcoration lors de sa transposition du suédois vers le français : « Ces dernières années, des critiques s'étaient élevées au sujet du texte français « reçu ». On lui reprochait quelques libertés par rapport au texte suédois, des atténuations, un ton un peu trop sage et trop policé, peut-être. » A l'occasion des 50 ans de Fifi Brindacier, l'édition de 1995 inaugure donc une traduction toute neuve et certainement plus fidèle à l'ouvrage original1.

Un chose est sûre : de l'impertinence, cette Fifi Brindacier en a à revendre. Lorsqu'elle s'installe dans sa villa (la villa Drôlederepos2) avec pour seuls compagnons un singe (M. Nilsson) et un cheval (le cheval), c'est un véritable ouragan qui s'invite dans la petite ville (qui n'a pas plus de nom que le cheval), un sympathique vent de folie qui va chambouler les habitudes de Tommy et Annika, frère et sœur qui vivent dans la famille voisine, désespérément normale. Comme tous les enfants, Fifi aime jouer, n'aime pas travailler, a besoin d'affection et fait preuve d'une irrésistible candeur. Mais quand Fifi animée
Fifi animée
Fifi a envie de s'amuser, elle promène son cheval à bout de bras (quand elle ne joue pas à chat perché sur le haut du toit avec des policiers) ; et quand Fifi essaie d'aller à l'école, elle y reste une demi-journée avant de décider que tout compte fait, l'école, ce n'est pas sa tasse de thé. A neuf ans, sans papa (pirate dans les mers du Sud) et sans maman (décédée), mais avec un enthousiasme débordant, une force hors du commun et des pièces d'or plein les poches, on peut faire tout ce qu'on veut.

Délivrée de tout carcan social, Fifi Brindacier est une sorte d'enfant « à l'état de nature », une enfant dont tous les traits caractéristiques auraient été exacerbés par l'absence de limites. Ses incroyables capacités lui permettent à la fois de braver tous les interdits et d'être à l'abri de toute situation fâcheuse, lui octroyant de fait une totale liberté. En outre, toujours enjouée et pleine de vie, elle est pour ses deux amis Tommy et Annika (comme pour le lecteur) une éternelle source d'émerveillement et d'amusement. Fifi Brindacier est un livre en forme de sourire (un sourire immense, jusqu'aux oreilles) et ponctué d'éclats de rire, mais c'est aussi un livre relativement osé pour l'époque, qui a sans doute vu un certain nombre de sourcils se hausser avec circonspection à la découverte d'un enfant (une petite fille, qui plus est !) aussi désordonné, inconvenant, mal élevé, et pourtant traité comme un héros et apprécié de tous. Car le charme de Fifi réside bien évidemment dans sa gentillesse, et dans l'usage qu'elle fait (ou ne fait pas) de sa richesse et de ses capacités physiques : naïve et espiègle, elle n'est pourtant jamais animée de mauvaises intentions, et neFifi en chair et en os (ouille)
Fifi en chair et en os (ouille)
ferait pas de mal à une mouche. Même ses ennemis sont traités avec bonhomie et bonne humeur, et finissent par être châtiés en se prenant à leurs propres pièges, sans que la petite fille n'ait fait preuve de la moindre agressivité à leur égard.

Un caractère en or, des situations cocasses et rigolotes, un humour galopant, un anticonformisme naturel et innocent : voilà la recette qui fait de Fifi Brindacier l'une des héroïnes de littérature jeunesse les plus appréciées. Suivies de Fifi princesse et Fifi à Couricoura, les aventures de cette gamine à la chevelure improbable feront le tour du monde avec un succès jamais démenti. Comme à chaque fois, la télévision s'emparera du phénomène3, en tirant un téléfilm, puis une série, et enfin un dessin animé. Et comme d'habitude, l'on ne saurait trop vous conseiller la lecture des trois petits livres d'origine, véritables petits concentrés de bonne humeur et de vitalité. Mieux qu'un Youp ou un Actimol : quelques pages de Fifi Brindacier au petit-déjeuner, c'est l'assurance de commencer la journée sur le bon pied !

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Notes :

1 Voir à ce sujet le passionnant dossier de Nathalie Dresse et son étude comparative des différentes traductions, sur Natalecta.com : c'est par ici.

2 Les noms propres utilisés dans cette critique sont ceux de la traduction de 1995. Selon les versions, la villa Drôlederepos est aussi appelée Villa Vilekula, le singe M. Nilsson s'appelait autrefois M. Dupont, et le cheval est également connu sous le nom de Oncle Alfred.

3 Non seulement la télévision, mais aussi, le livre se prêtant à de multiples (sur)interprétations, diverses idéologies (féminisme et même anarchisme !) qui reprendront le récit à leur sauce pour que Fifi serve leur cause.

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