Dans un monde où lire un livre est synonyme d'hérésie, des pompiers se placent en véritables inquisiteurs pour lutter contre le mal et les pratiquants du malin. Ils brûlent le malin ! Des livres ! Seulement, Montag fait la connaissance d'une admirable petite fille, fervente défenseuse de l'objet culte. Mais Montag est pompier...
Infos :
Le réalisateur français François Truffaut signa une adaptation du récit en 1967, selon une fidélité relativement proche. Ray Bradbury n'a pas tellement apprécié le fait que Michael Moore ait détourné le titre du roman pour son documentaire Fahrenheit 9/11. Ainsi, il a clairement fait savoir son mécontentement et sa volonté de rebaptiser le film. "Il ne m'a pas demandé mon autorisation", a déclaré l'écrivain de 83 ans. "Ce n'est pas son roman, ce n'est pas son titre, donc il n'aurait pas dû faire ça."
Il y a de ces romans qui se bonifient avec le temps. Comme le vin, le livre de Bradbury enivre par sa saveur qui, on peut aujourd'hui l'assurer sans vergogne, s'est vite placée parmi les vignes de la littérature.
Ce goût impérissable se mêle autour du style d'un écrivain volontiers anti-scientifique, accessible pour l'ensemble, soigné et souvent poétique. On appréciera quelques envolées lyriques. D'ailleurs, je vous laisse vous délecter des sapidités de cet extrait :
« Un grand silence se pressait autour de ce feu, un silence qui se lisait sur le visage des hommes, et avec lui le temps, le temps de s'asseoir près de ces rails rouillés sous les arbres, de contempler le monde, de le tourner et de le retourner du regard, comme s'il était tout entier contenu dans le feu, telle une pièce d'acier que ces hommes se seraient tous employés à façonner. Ce n'était pas seulement le feu qui était différent. C'était le silence. »
Ce bon cru, c'est aussi mais surtout cette histoire, une histoire qui va au-delà du plaisir que peut procurer la lecture. Excusez du peu, roman de 224 pages, Fahrenheit 451 se pose quelque part en véritable pamphlet contre l'obscurantisme. Roman tant éducateur qu'alarmant, le livre de Bradbury ressemble à une formidable grappe juteuse qui cultive une authentique transcendance, selon un caractère... visionnaire ?
Même de nos jours, des signes ne trompent pas. Espérons seulement que Bradbury ait tort. Pourtant, hélas, il semble tout à fait préoccupant de voir que le chemin parcouru par notre époque n'est qu'un sentier où conduit le résultat bradburien qui semble, au fil du temps, s'avérer exact (Télé-réalité ? Internet ? La politique qui se soucie du bien et du mal ? Cause écologique présentée en arrière plan ? Baisse évidente de lecteurs ?). Autant d'éléments plausibles reflétant un certain manque d'identité de nos sociétés.
"Brûler les livres, c'est brûler les hommes" pourrait soutenir l'auteur. Ainsi, tout le récit devient une véritable thérapie contre la maladie de la lecture, voire la maladie de l'art en général. Véritable thérapie mais aussi véritable fable, éloge, en faveur des livres.
Paru en 1953, le récit place l'action dans une société futuriste et totalitaire, les pompiers brûlent les livres où ils sont interdits. Le savoir, la connaissance se réduisent au sport, au développement du portrait physique humain. L'Ecrivain touche le point central du roman comme nécessité chez l'homme. Derrière les mots, on comprend petit à petit que la société oublie facilement et la mémoire s'efface avec la réflexion. Dans cette histoire, la télévision remplace les livres en versant les mêmes séries, avec les mêmes scénarii : tiens, ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Les livres apparaissent donc comme des devoirs de mémoire pour « graver l'Histoire », pour reprendre cette expression galvaudée. C'est le cas du désormais classique de Bradbury : un roman de science-fiction qui remet en question toute une civilisation. Chapeau bas.
Très certainement, en se projetant dans le futur grâce à l'utilisation de la science-fiction, Bradbury prouve alors parfaitement cette vérité à marteler inlassablement : l'homme a besoin des livres, c'est une nécessité.
Par la technique de la projection, la dimension attribuée au roman gagne du relief. Les pompiers reprochent aux livres de rendre les hommes malheureux, de leur ouvrir les yeux sur une réalité trop triste, trop manichéenne. L'ouvrage a pour but de dénoncer le fanatisme qui croit toujours obtenir LA vérité et donc de voiler les diversités qui existent entre les hommes. Non, il y a des gens qui ne sont pas d'accord entre eux et il faut l'accepter dans une humble tolérance. La pluralité dans toute sa force, admettre l'anticonformisme, savourer l'onirisme, tel est le message de Bradbury !
Alors les pompiers de l'enfer, ceux qui empêchent de lire, où se cachent-ils ? Qu'ils approchent ! Et qu'ils gouttent donc au fruit défendu ! Avalons les pépins, ne séparons pas le bon grain de l'ivraie, et nous serons enchantés !
"Garçon ! Je reprendrais bien un verre moi !" Lisez-le, avant qu'il ne soit trop tard... Bradbury aurait pu dédicacer son oeuvre au nom de tous ceux qui détestent lire. Bref, classique.
Otis []

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