6.5/10Existence

/ Critique - écrit par Kassad, le 26/09/2004
Notre verdict : 6.5/10 - Démence (Ecrivez votre critique)

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Jean-jacques Carton-Mercier est un pur produit de la méritocratie française. Sorti très jeune de polytechnique le monde s'offre à lui. Lui qui n'était jamais sorti de ses livres de mathématiques et de logique, le voila chef du secteur recherche et développement d'une grande entreprise. A sa réussite professionnelle s'ajoute un parcours personnel lui aussi sans faille : marié et père de deux enfants. Présenté comme cela Jean-Jacques ferait presque des envieux. Pourtant au cours d'une folle journée il va voir s'écrouler tout son monde de manière implacable. Tout commença par un Bounty que jamais il ne trouva...

Eric Reinhardt est un conteur des petites lâchetés de tous les jours, de l'érosion lente des grands idéaux. Un romancier du désenchantement en quelque sorte, dans la veine du Houellebecq d'Extension du domaine de la lutte. Ses romans, comme Le moral des ménages, ont pour héros des personnes comme vous et moi empêtrées dans les petites vexations du quotidien. Existence est avant tout un exercice de style autour de ces thèmes. L'écriture de Reinahrdt est dans ce roman expérimentale et, il faut le préciser, peut dérouter au premier abord. Ce roman n'est en effet rien d'autre que la projection de l'esprit de Carton-Mercier, et vu comme ce dernier est barré il n'est pas facile de le suivre quand au détour d'une phrase il passe de la rêverie au présent pour enfin se replonger dans ses souvenirs. Par certains passages l'écriture me rappelle un peu celle de Bret Easton-Ellis dans American Psycho où l'on sent petit à petit, dans la forme même que prennent les phrases, l'esprit du personnage principal qui se désagrège.

Exercice de style aussi dans la manière de traiter son personnage principal. Carton-Mercier est un autiste au sens premier du terme. Il vit dans un monde où personne n'existe vraiment en dehors de lui. Les autres sont des variables à traiter, les rapports humains des équations à résoudre. Il humilie sa femme dans la vie quotidienne, ne reconnaît même pas ses voisins de palier qui sont là depuis des années etc. Donc il n'y a à priori rien à sauver de cet horrible personnage puant et orgueilleux. Pourtant, petit à petit au fur et à mesure que la psychopathie gagne l'esprit on sent les failles qui s'ouvrent. Jusqu'à cette fameuse nuit avec son voisin le médecin où se tient une discussion toute emprunte de sensibilité (et bien étonnante au vu des pages qui précèdent) sur les rapports entre hommes et femmes. Ce que l'on n'aurait jamais parié au début de la lecture se produit. Concernant Carton-Mercier je suis sûr que vous commencerez par ressentir de l'étonnement pour passer à l'énervement en terminant par l'écoeurement. Je suis sûr aussi qu'avec cet épisode viendra la compréhension et même une certaine forme de sympathie, de pitié envers lui.

Pour conclure je dirais qu'Existence est un roman intéressant qui parfois flirt avec le "too much". Les citations de Wittgenstein, censées souligner les obsessions logicos-mathématiques de Carton-Mercier, sont un peu tirées par les cheveux. Un bon roman de la gargantuesque rentrée littéraire 2004, maintenant savoir si on en parlera encore en 2005 je ne prendrais pas de paris à ce sujet...

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