7/10L'Etrange histoire de Benjamin Button

/ Critique - écrit par riffhifi, le 25/01/2009
Notre verdict : 7/10 - Allô maman, ici B.B. (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 5 réactions

L'histoire d'un homme dont la vie passe dans le mauvais sens... A supposer que celui des autres soit le bon ! Un peu court, mais le film de David Fincher devrait remédier à cette brièveté.

Il y a des livres épais comme la croûte terrestre dont on tire des films d'à peine une heure et demie. Et puis il y a L'étrange histoire de Benjamin Button, un texte de 45 pages (au format livre de poche) dont David Fincher vient de faire un film de près de trois heures avec Brad Pitt et Cate Blanchett, lequel se voit sérieusement bien placé pour détrousser les concurrents aux Oscars 2009. Un beau destin pour l'œuvre de Francis Scott Fitzgerald, un homme victime de la faucheuse à 44 ans qui aurait bien aimé faire une longue carrière de scénariste au cinéma. Disparu en 1940, il n'aura eu le temps de voir son plus célèbre roman Gatsby le magnifique adapté qu'une seule fois : il le sera encore à trois reprises, deux au cinéma et une à la télévision. On lui doit aussi le roman inachevé Le dernier nabab, qui sera adapté en 1974 avec Robert De Niro et Tony Curtis.

Benjamin Button commence par la naissance du personnage-titre, en 1860. Fils du bourgeois Roger Button, le petit Benjamin possède une particularité embêtante : il possède l'apparence d'un vieillard de soixante-dix ans. Heureusement pour lui, mais contrairement à toute loi physique, il se met alors à rajeunir et à perdre un an à chaque fois qu'une année passe. Le genre de type qui ne fait rien comme tout le monde.

Raconter une vie entière en 45 pages, fût-elle à rebours, implique de ne s'attarder sur aucun évènement et de survoler tous les personnages secondaires à vol d'hirondelle asociale. Fitzgerald s'en tire habilement, proposant de simples arrêts sur images aux moments clés de la vie de Benjamin. Le style reste toujours très factuel, sans effets ampoulés ni formulations humoristiques (à l'exception d'un gag involontaire que l'on doit sans doute à la traduction : Roger Button demande ainsi au début de l'histoire « si son enfant avait vu le jour durant la nuit » - on en doute fortement, bien entendu...), et le héros parvient à être attachant malgré la bizarrerie de sa nature et la brièveté de la narration. En fin de compte, sa vie reste articulée de façon quasiment « normale », reflétant probablement les observations faites par Fitzgerald chez ses contemporains : Benjamin connaît la sévérité dans ses premières années et le rejet dans les dernières, il est humilié à 18 ans et prend sa revanche à 50...

De la même façon que dans La métamorphose de Kafka, le postulat fantastique est inexpliqué et s'affranchit de toute cohérence physiologique (comment un homme d'1m75 peut-il sortir d'une femme qui ne mesure sans doute pas plus, comment peut-il être doué de la parole dès sa naissance ?...). Mais d'un tel sujet, il y avait certainement plus à raconter qu'un bref aperçu d'une vie hors du commun. C'est probablement ce développement tant espéré que David Fincher a fourni sur son film-fleuve en forme de biographie inversée... Réponse le 4 février, date de sortie sur nos écrans.

En attendant, l'œuvrette est disponible chez Pocket pour la somme hilarante de 1,50€, en combo avec Un diamant gros comme le Ritz du même auteur, ou alors chez Folio pour le prix un peu moins drôle de 2€, avec la nouvelle La lie du bonheur.

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