8/10J'entends le loup, le renard et la belette !

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 07/11/2012
Notre verdict : 8/10 - La jument a eu chao (Ecrivez votre critique)

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La collection « Les p'tits Didiers » chez Didier Jeunesse offre des images pour remettre au goût du jour les contes traditionnels ou accompagner les chansons de notre enfance. C'était le cas pour la célèbre comptine Dame Tartine. Aujourd'hui ressort, en petit format souple, l'album cartonné sorti en 2000 : J'entends le loup, le renard et la belette ! Retranscription de la fameuse « Jument de Michao (ou ici Michau) », comptine traditionnelle d'origine bourguignonne et bretonne, cette version reprend les paroles entonnées par Tri Yann dans leur album La découverte ou l'ignorance (1976) ou plus récemment par Nolwenn Leroy dans Bretonne (2010). En modifiant légèrement un ou deux détails, Christian Voltz (Rira bien qui rira le dernier, Nous les hommes !, Dans l'atelier de Christian Voltz) rend justice à cette pétulante ritournelle en croquant son caractère mordant et swinguant, et en lui donnant la consistance d'une véritable petite histoire en cascade, chose qui pouvait manquer à la simple écoute du texte.

J'entends le loup, le renard et la belette !
Illustration de Christian Voltz, issue de J'entends le loup, le renard et la belette ! Didier Jeunesse 2012

Nous n'épiloguerons pas sur le contenu, car en y regardant bien, la logique n'est pas l'élément que l'on retiendra au premier abord, vu l'absence de liens entre le refrain et les couplets (ou du moins entre « J'entends le loup etc » et « la jument de Michau et son petit poulain »). Mais grâce à sa réinterprétation visuelle, Christian Voltz permet à J'entends le loup, le renard et la belette ! de s'offrir une nouvelle jeunesse et donne du sens et un caractère vraiment narratif à cette histoire, en insérant derrière ce « Je » une série de personnages que l'on voit apparaître de pages en pages. On nous présente ainsi trois pauvres victimes dans une petite ferme : une poulette, un cochon et une vache, traqués par les vils loup, renard et belette. La trame fait donc apparaître une relation classique de « prédateurs/ pourchassés », suivie du tout aussi éternel « arroseurs/ arrosés ». En effet, les trois bestioles affamées s'avèrent être de fieffés fêtards, et au lieu de passer à l'acte immédiatement, ils préfèrent « rôder », « chanter », « trinquer »... puis « pleurer » (verbes qui n'apparaissent pas dans la mouture originale), ce qui finira par leur porter préjudice au final. C'est d'ailleurs là l'infime détail qui sert de signature à la version de Christian Voltz, mais qui apporte une chute amusante et digne des contes où les plus forts ne sont pas toujours gagnants. La moralité de type «La cigale et la fourmi » induite par « La jument de michau (...) a mangé tout le foin, l'hiver viendra (…) elle s'en repentira » est même oubliée.

J'entends le loup, le renard et la belette !
Illustration de Christian Voltz, issue de J'entends le loup, le renard et la belette ! Didier Jeunesse 2012

Côté illustration, les inconditionnels de Christian Voltz ne seront pas venus pour rien : sa façon très cartoonesque de représenter les animaux, en papier découpé comme (presque) toujours, fait mouche. Les personnages sont donc rigolos et attachants : leur expression éberluée, regard pénétrant et toutes dents dehors pour les assaillants, contrebalance les yeux ronds comme des billes des pourchassés et les trombines un peu hébétées de cette fameuse jument de Michau et de son petit poulain. Les couleurs sont comme d'ordinaire pimpantes et chaleureuses à la fois, grâce au collage de papiers de textures et couleurs ocres, brunes ou orangées, on se sent très vite immergés dans ce petit paysage de ferme au crépuscule, happés par les gros plans sur les museaux et les groins des animaux, ou médusés par ce qui se passe en ombres chinoises dans la petite lucarne à l'arrière-plan : les silhouettes du loup, du renard et de la belette qui s'agitent en quelques coups de ciseaux bien sentis. Le mouvement et la musique sont d'ailleurs palpables dans l'illustration, fait intéressant quand on sait que la chanson nous restera en tête et nous fera inconsciemment taper du pied pendant plusieurs heures... vous aussi, en me lisant, vous êtes déjà perdus, n'est-ce pas ? Au cas où vous souhaiteriez répéter votre morceau, la partition vous attend dans les dernières pages.

Réédition en format économique et pratique d'un grand classique qui avait déjà fait ses preuves, ce J'entends le loup, le renard et la belette ! devrait faire la joie des petits, et de ceux qui veulent voir cette comptine traditionnelle prendre vie avec charme et humour. Les personnages truculents de Christian Voltz et ses décors dignes d'un petit théâtre de marionnettes nous immergent, et on aimerait presque que l'illustrateur immortalise toute notre playlist. On lui propose ?

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