8.5/10Effets secondaires

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 26/09/2010
Notre verdict : 8.5/10 - Hypocondrie contre-indiquée (Ecrivez votre critique)

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Effets secondaires est l'occasion amusante, tout en se moquant gentiment des tendances hypocondriaques de chacun, de relativiser les moindres maux, de dédramatiser les petits bobos des plus jeunes, et de réfréner les angoisses des adultes.

« C'est grave, docteur ? » Une question qui revient souvent chez les angoissés du moindre bobo, ceux qui dramatisent le petit mal de tête ou qui psychotent autour d'une infime crampe ou d'une mini courbature. Comme on dit, il vaut mieux prévenir que guérir, et certains n'hésitent pas à prendre le vieil adage au pied de la lettre. Et si, finalement, se soigner devenait plus dangereux que de laisser couler toute seule une petite douleur  ? Car comme nous le souffle la quatrième de couverture de notre album, on oublie bien souvent de consulter la notice des médicaments jusqu'au bout, et de tenir compte des Effets secondaires.  C'est d'ailleurs le titre de l'album écrit et illustré par l'auteur italien Maurizio A.C. Quarello, qui s'en donne à cœur joie et en fait le fil conducteur d'une histoire qui refroidira plus d'un mordu de la médication compulsive. C'est la Sécurité Sociale qui va être contente.

Illustration de Maurizio A.C. Quarello
Illustration de Maurizio A.C. Quarello
issue de Effets secondaires
Le Rouergue, 2010
Monsieur X arbore d'ordinaire une ravissante coupe de cheveux dont il est fier : une banane savamment enroulée et dressée sur le haut du crâne. Mais voilà qu'un matin, il découvre que sa coiffure se déplume de plus en plus : deviendrait-il chauve ? Pris de panique, il file se faire prescrire une lotion miracle chez son médecin. Le résultat escompté est au rendez-vous, mais c'est sans compter sur un effet secondaire inattendu : la conjonctivite. Vite ! il faut y remédier, l'ophtalmo de Monsieur X lui fait appliquer un collyre qui fonctionne du tonnerre... mais qui donne des boutons ! Vous l'aurez compris, ce pauvre bonhomme n'est pas au bout de ses peines, et si les spécialistes et les remèdes se succèdent, Monsieur X aura toujours mal quelque part.

Sur une construction plutôt futée puisque cyclique, la structure narrative d' Effets secondaires évoquera à ceux qui la connaissent le cercle vicieux dépeint dans la chanson traditionnelle anglo-saxonne « There's a hole in the bucket », popularisée par la version d'Harry Belafonte et Odetta. Mais en lieu et place de divers bricolages pour remplir un banal seau, ici Maurizio A. C. Quarello pour rafistoler le malheureux Monsieur X, enchaîne l'un après l'autre un mal pour un bien... ou plutôt un bien pour un mal. La chute renvoie directement au début de l'histoire, et se solde sur un pied de nez qui fera sourire et réfléchir tout un chacun. Le ton, tout d'abord gentiment amusant, est savamment monté en mayonnaise, pour finalement tomber dans l'irrévérencieux légèrement scatologique qui trouvera rapidement son lot de convertis au sein du lectorat visé. Un public jeune mais toutefois en âge de comprendre les jeux de mots et références glissés dans les noms de docteurs et de médicaments, plutôt à partir de 5 ou 6 ans, donc. L'histoire de ce personnage entre le ridicule et le pathétique sera aussi un bon moyen de renommer, en les traitant par leur souffrance, les différentes parties du corps. C'est une satire plutôt tendre et mignonne des éternels angoissés (qui ne sont pas que les enfants auxquels s'adresse l'auteur), qui joue sur la démesure des quantités (de médicaments) et la démesure des réactions.

Illustration de Maurizio A.C. Quarello
Illustration de Maurizio A.C. Quarello
issue de Effets secondaires
Le Rouergue, 2010
Pour donner corps à ce récit qui oscille entre la sympathie et la dérision, Maurizio A. C. Quarello éloigne un peu son graphisme de ses univers passés en changeant de technique (habituellement de la peinture traitée par la matière) : ici il semble utiliser des encres ou de la peinture par lavis plutôt transparents, instaurant une ambiance plus légère, plus pâle que d'ordinaire. La force de son illustration réside ici davantage dans la nervosité de son trait, puisque contrairement à ses travaux précédents, il applique un cerne à ses personnages et ses décors, par l'entremise d'une ligne tracée entre le rigoureux et l'accidenté. Les personnages sont esquissés sur le ton de la caricature, répondant à l'ironie du récit. On pense même parfois à du dessin de presse. Un second personnage récurrent, le chien compagnon de Monsieur X, offre par ailleurs un second niveau de lecture qui se fait l'écho des réactions du jeune lecteur. Les petits traits qui viennent tramer la colorisation donnent un cachet particulier à son illustration, et une certaine profondeur aux différentes scènes.

Si votre (vos) médecin(s) est (sont) votre seconde famille, que votre armoire à pharmacie déborde de produits qui ne sont pas indispensables (voire de placebos), alors cet album est fait pour vous. Plus sérieusement, Effets secondaires est l'occasion amusante, tout en se moquant gentiment des tendances hypocondriaques de chacun, de relativiser les moindres maux, de dédramatiser les petits bobos des plus jeunes, et de réfréner les angoisses des adultes. Médecins charlatans ou patients un peu trop douillets ? Mon cœur ne balance pas trop longtemps. Et heureusement, ça me coûterait une consultation !

 

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