7/10Doublez votre mémoire

/ Critique - écrit par knackimax, le 20/01/2008
Notre verdict : 7/10 - C’est un homme ! C’est une femme ! Non c’est un playmobil. (Ecrivez votre critique)

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Un quart Journal de Mickey, un quart de lait fraise, un quart whisky, un quart Orgie : un mélange bien sibyllin.

Philippe Katerine et son goût du conceptuel néo-artistique moderne ne sont plus à démontrer et force est de constater que l'univers déjanté de ce musicien qui semble l'être tout autant établit les bases de son succès sur ses deux derniers albums - bien qu'il ait débarqué sur la scène musicale dans les années 90. Il a entre autre le mérite d'avoir réconcilié certains d'entre nous avec la musique qui fait du bruit en l'accouplant avec de la moisik, étrange mélange de soi-même avec une pincée de muzik tout ça laissé reposer jusqu'à moisissure.

Et c'est cet univers qui s'ouvre une fois de plus à nous dans l'œuvre graphique que notre petit Philippe nous a concoctée pour cette fin d'année 2007. Ne cherchez pas à y comprendre quelque chose ou bien lisez un livre. Nous sommes ici en territoire peu exploité. La contrée est vierge, les pages blanches j'en suis sûr et le grain du sable qui compose ta plage Philippe est probablement très fin. Certains diront peut-être avec médisance que ton support se sniffe ou que l'alcool ou les psychotropes et autres opiacés te font dire n'importe quoi. Et dans un sens je comprends ces impressions que peuvent laisser certains de tes pavés dans la marre aux grenouilles : c'est vrai que ca nous laisse de l'eau plein les bottes et jusqu'aux... enfin ca mouille quoi.

Toutefois, messieurs mesdames je vous demande ici de comprendre avant de juger voire même de ne pas comprendre sans juger car c'est important dans le cas présent. Nous sommes en présence d'un homme dont l'univers semble très vaste et c'est pour ça qu'il ne faut pas le palper du bout de l'intellect mais le lire du bout de la langue et en sucer la substantifique moelle. Laissez-vous aller à découvrir ses couleurs et ses phrases ; son écriture féminine est ordonnée, contre toute attente, même si subsistent quelques retours en force de phrases écrites en sens inverse ou la tête en bas. Mais tout ça est diablement passionnant. Le livre est d'autant plus une aventure qu'il se tourne dans tous les sens du début à la fin.

Un quart Journal de Mickey, un quart de lait fraise, un quart whisky, un quart Orgie : un mélange bien sibyllin.

Sur des sujets simples tels que le problème d'avoir de trop grosses narines pour aller a la piscine comme tous les enfants, le saute-mouton, les trous au cœur, les trous ailleurs, les connards, les nazis et les tueurs de mouches, les rêves ou les homosexuels suicidaires, Philippe use de simplicité. Et son procédé est d'une efficacité surprenante. Je ne pense pas avoir jamais réussi à intégrer l'imaginaire de quelqu'un aussi rapidement, ni à me projeter dans toutes ses situations. Je suis bien peu lorsque j'utilise ce Je car il ne représente pas grand-chose face à la multitude d'informations inutiles mais passionnantes que procure ce livre. Elles sont passionnantes car dérivées, lancées à la cantonade, dessinées, rêvées. Ce travail sur soi - car s'en est un - est très impressionnant et surtout étonne par son intérêt. Rien n'est pourtant sorcier dans la formule et on pourrait se dire que ca marcherait peu si Philippe Katerine n'avait pas déjà le goût du citron et de la provocation. Et justement ce livre prouve qu'un inconnu aurait fait le même travail de construction s'il s'était appelé Philippe Katerine et qu'il avait été berger dans le Larzac ou animateur de camping en Vendée (et des petits boulots il en a fait...). Et ce livre aurait été tout aussi bon.

Il reste néanmoins un léger problème. Ce livre est adapté à tous si tous nous nous adaptons à un sens de lecture qui n'est pas forcément le nôtre. Ce sera à vous lecteurs de faire l'effort de ne pas en faire trop, voire ne rien faire du tout. Apprécier c'est un peu s'éveiller, vous ne risquez donc pas grand-chose. Au pire ça ne vous plaira pas et vous le donnerez a un ami sur la sellette, si ça ne lui plaît pas non plus il l'offrira à un autre. Vous savez, cet autre qu'on n'aime pas et qui aura peut-être de trop grosses narines. Celui-ci sera peut-être le futur Philippe Katerine.

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