7.5/10Le Docteur Rippenblatt et ses charmantes conséquences

/ Critique - écrit par Danorah, le 10/05/2008
Notre verdict : 7.5/10 - Et si avec des mots on pouvait changer le monde ? (Ecrivez votre critique)

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Le Docteur Rippenblatt et ses charmantes conséquences n'est ni plus ni moins qu'une friandise pour grandes personnes qui refusent de se laisser enfermer dans la prison de la routine et du quotidien.

Tout fout le camp : le pauvre Docteur Rippenblatt ne contrôle plus rien - à supposer qu'il ait déjà contrôlé quelque chose. Sa femme claque la porte, son fils est interné dans un hôpital psychiatrique pour enfants. Et comble de malchance, ce cher docteur découvre qu'il n'a pas (ou plus) de prénom ! Une drôle d'entrée en matière pour un roman à la fois plein de piquant et de douceur, qui se lit en un rien de temps et avec une certaine gourmandise.

La métaphore est connue : il faut parfois toucher le fond pour pouvoir rebondir. Rippenblatt, personnage engoncé dans ses habitudes et sa médiocrité, n'est plus qu'un vieux mécanisme bien huilé mais sans fantaisie, sans passions, sans élan. Seul moyen de ramener cet automate à la vie : faire dérailler son train-train quotidien. C'est ce à quoi s'applique Keyvan Sayar dans ce court roman tendre et vivifiant, en faisant subir à son personnage diverses étapes de la déchéance avec une désinvolture et un sens de l'absurde qui amusent et préservent le récit de la moindre parcelle de pathos.

Un récit parcouru d'escapades fantaisistes, au sens propre comme au figuré : ballottés entre le Bois de Vincennes et le Venezuela, entre fausses chimères et rêves éveillés, des personnages en apparence sans histoires découvrent ou redécouvrent les petits drames de la vie, l'inattendu et l'inexplicable, l'amour et la fantaisie. Très joliment brossé, le personnage de l'épouse de Rippenblatt, qui contrairement à son mari est une incorrigible rêveuse désenchantée et abreuvée de romanesque, remporte immédiatement l'adhésion et l'affection du lecteur, tout comme Chouki, le petit gamin malicieux qui aime transformer son petit déjeuner en épopée maritime, et faire des blagues que les grandes personnes ne comprennent pas.

Au monde terne, gris et formaté des adultes, Keyvan Sayar oppose son écriture inventive et colorée, pleine de trouvailles, émaillée de néologismes et habilement rythmée. La légèreté avec laquelle sont traités - voire simplement effleurés - des sujets aussi graves que variés (l'homosexualité, l'abandon, la recherche de ses racines, la difficulté de préserver un équilibre conjugal...) explique et justifie la taille réduite du roman, mais elle en constitue également son principal point faible, le faisant souffrir d'un relatif manque de profondeur. On prendra donc l'ouvrage plus comme un exercice de style et comme un portrait fantaisiste de personnages gentiment farfelus que comme une source de profondes réflexions sur le sens de la vie et ses corollaires.

On passera donc au-dessus d'une légèreté aisément pardonnable pour se concentrer sur les petits plaisirs linguistiques qu'apporte à chaque page Le Docteur Rippenblatt et ses charmantes conséquences (le titre parle de lui-même, non ?), qui ne prétend être rien d'autre que ce qu'il est : une friandise pour grandes personnes qui refusent de se laisser enfermer dans la prison de la routine et du quotidien.

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