5.5/10Comment survivre aux français

/ Critique - écrit par Kei, le 14/09/2007
Notre verdict : 5.5/10 - Réponse : en étant français. (Ecrivez votre critique)

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Pas assez poussé dans la reflexion, ce petit livre n'atteint jamais des sommets. A réserver aux seules personnes ayant un lien avec l'Italie.

Les français aiment que l'on parle d'eux. C'est un fait. Un fait exploité par une myriade d'écrivain, aux premier rang desquels on trouve Ted Stanger (un des pionniers du genre, qui se complaît depuis dans son créneau) et Stephen Clarke. Mais dans la plupart des cas, cela nous vient d'un anglo-saxon. Et quoi qu'on en dise, la culture américaine et anglaise, on la connaît. On ne la connaît pas bien, mais suffisamment pour pouvoir voir là où l'auteur est de mauvaise foi, là où il ferait bien de regarder la poutre et non la paille. En revanche, lorsque cela vient d'un italien, comme c'est ici le cas avec ce petit livre de Francesco Zardo, la chose est bien différente. En France, on ne sait rien ou presque de nos voisins transalpins. Souvent mal considérés (Bouh ! Berlusconi ! Bouh !), bombardés de clichés, on ne peut pas vraiment dire que l'image que l'on a d'eux est très reluisante.

En 120 pages, l'auteur nous propose un petit guide des différences entre France et Italie. Ce qui l'a profondément choqué d'abord, puis ce qui l'a marqué, et enfin ce qu'il n'a remarqué qu'au bout de deux ans de vie au pays des fromages-qui-puent-(au-moins-autant-qu'en-italie).

Comment survivre aux français commence fort. En attaquant d'emblée par l'absence de bidet dans nos WC. Sans être moralisateur pour un sou, il arrive à faire sentir au lecteur français comme une insuffisance hygiénique vis-à-vis d'une pratique que celui-ci découvre ! Très fort. Dommage que cette plutôt bonne entrée en matière soit tempérée par un style terriblement poussif. Les phrases sont souvent longues, très longues. On se perd parfois dans la suite de subordonnées. Et pour peu que Zardo insère ici et là des références italiennes ou une petite envolée lyrique et/ou philosophique, on se sent tout à fait perdu. Heureusement pour le lecteur, le style devient rapidement plus accessible.

Ce qui est dommage avec ce livre, c'est sa longueur. C'est trop court. Mais comprenons nous bien: ce qui est regretté ici, ce n'est pas le fait que l'auteur n'ait pas écrit plus sur d'autres sujets. Ce qui est regretté, c'est qu'il ne soit pas allé plus loin sur tous les sujets abordés. On reste dans une sorte d'état descriptif très superficiel et froid. L'analyse ne va pas chercher loin, même si elle est pertinente. Et la forme est trop retenue pour que nos zygomatiques se laissent aller. On aurait pu simplement dire que cet essai est mou et que l'auteur est sans originalité, mais il n'en est rien. Lorsqu'il prend un peu plus de temps pour développer un point particulier, comme il le fait avec la nourriture, il devient tout simplement hilarant. A la place du ton très lourd et ampoulé des débuts s'instaure une sorte de dialogue familier avec le lecteur. Un dialogue plein de digressions, de boutades et de traits d'esprits, le tout rehaussé d'une petite pointe de malice impertinente. Un cocktail dont on se délecte avec le plus grand des plaisirs. Tout simplement brillant. Hélas ce n'est pas toujours le cas. Il manque dans la majeure partie de ce livre une touche de provocation, un pincée d'impertinence, le petit plus qui transforme un témoignage précis en un incontournable.

Certains passages, par contre, sont incontournables. Entendre que la circulation dans Paris est une chose beaucoup trop rationnelle pour être efficace (comparativement à l'Italie) fait partie des choses que je n'aurais jamais pensé qu'elles puissent m'arriver. Sa simple évocation dessine sur mon visage un sourire incontrôlé. C'est typiquement (et presque uniquement) là que le style très formel de l'auteur fait mouche. Le contraste est saisissant, le propos inattendu. C'est d'autant plus apprécié qu'après le passage de Stanger et de son Sacré Français qui décortique toutes nos habitudes, trouver des nouvelles choses à dire n'avait rien de la promenade de santé. Pour le lecteur français, c'est aussi là que le bât blesse. En passant après nombre de blockbusters, on a l'impression que ce petit livre n'apporte pas grand chose de neuf. S'il revêt un intérêt particulier pour celui qui a un lien, même ténu, avec l'Italie, on peut légitimement se demander ce qu'il apporte au lecteur "hype" déjà au fait de tous les livres qui jouent sur le même créneau.

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