7.5/10Comment faire avec le rhinocéros : ou comment s'en défaire

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 18/04/2011
Notre verdict : 7.5/10 - Un rhino, ça (pop)corne énormément (Ecrivez votre critique)

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Comment faire avec le rhinocéros vient se ranger avec succès dans la catégorie des documentaires pour enfants « qui sont un peu plus que ça », et que l’on redécouvre avec plaisir. A la fois pour alimenter sa fascination pour les grosses bestioles et pour apprivoiser les peurs qui leur sont liées.

Comme on peut le vérifier avec le truculent Gargouillis, également et récemment édité chez le Rouergue, le documentaire fantaisiste et partiellement ou faussement scientifique fait rage chez les petits. Aujourd’hui, intéressons-nous à un album petit format, Comment faire avec le rhinocéros, lequel attirera facilement l’attention des adeptes d’animaux peu communs : car il y a fort à parier que le rhinocéros remporte aisément tous les suffrages par son côté imposant et sa double corne. Ici, l’auteure Pascale Petit mêle deux genres d’écrit : le documentaire et le livre de recettes, tournure que l’ouvrage prend au final non sans une certaine dose d’ironie et d’absurde. L’illustration de Missadline s’accorde elle aussi à l’esprit trompeusement sérieux du texte, et attise par son trait rondouillard et paradoxal la curiosité que suscite la bête féroce.


Illustration de Missadline, issue de
Comment faire avec le rhinocéros, texte de
Pascal Petit. Le Rouergue, 2011
Si vous interrogez un très jeune enfant sur son animal préféré, la chance d’obtenir soit un animal préhistorique, soit un animal du zoo est grande. Les tout petits aiment particulièrement les bestioles qui fascinent, qu’on ne croise pas à tous les coins de rue ; les animaux domestiques et donc plus « à portée de main » (chien, chat, hamster ou poisson rouge) ne seront cités qu’un peu plus tard, lorsque l’affectif entrera en jeu. Ainsi, Pascal Petit et Missadline ont décidé de consacrer un album à cette bête que le mini lecteur occidental chérit souvent de manière platonique. Le rendre sympathique au-delà de sa corpulence imposante et du côté menaçant de ces cornes sera le pari de départ, et si l’humour et une forme de poésie absurde peuvent se greffer, le contrat sera rempli. Dans cette optique, l’album se décompose clairement en deux parties. D’une part sur un  texte en apparence très savant, auréolé de termes scientifiques désignant de véritables spécimens ou espèces, l’auteure présente le rhinocéros et ses caractéristiques majeures, le compare à d’autres animaux. On regrettera juste que malgré leur aspect impressionnant et l’effet valorisant et instructif pour un tout jeune lecteur, certains mots particulièrement barbares restent non explicités, même si l’illustration de Missadline est plutôt efficace dans la plupart des cas. Dans un second temps, l’ouvrage prend d’une page à l’autre un aspect étonnant puisqu’il devient recueil de cuisine, en choisissant, pour dompter ce gros balourd de rhinocéros, de montrer comment le mijoter accommodé avec des olives et de la sauge. Avec tous les codes du genre (numérotation des étapes, vocabulaire de gestes et de matériel associés à la cuisine), l’idée saugrenue d’enfourner l’énorme animal tout recouvert d’œuf et de chapelure dans un four domestique fait son chemin sous le regard ébahi du jeune lecteur heureux de se retrouver dominant.


llustration de Missadline, issue de
Comment faire avec le Rhinocéros, texte
Pascale Petit. Le Rouergue, 2011

En douceur, jouant sur le contraste du gros trait noir (évoquant le côté massif du monstre) et de la colorisation douce et veloutée aux crayons de couleurs (marquant le ton fantaisiste et enfantin), le graphisme de Missadline hésite lui aussi entre la rigueur analytique propre au documentaire et la liberté d’interprétation et l’humour qui surplombent l’album. Le traitement des couleurs, gourmand et moelleux, et le cerne noir brut paraissent dans leur ensemble maladroits et quelque peu enfantins, mais leur mariage donne au final un sentiment très maîtrisé qui séduit et marque l’esprit. Le petit personnage tout en rondeurs est attachant et permet au lecteur de s’identifier rapidement. Dans un souci de cohérence, une attention particulière a été accordée à certains détails auxquels de coutume on prête peu d’attention : deux univers visuels sont choisis pour les pages de garde (la deuxième et la troisième de couverture) : un motif fleuri de vieille encyclopédie pour le début du livre - documentaire, et un motif de nappe de pique-nique pour la fin – livre de recette.

Espiègle et ironique par sa combinaison du sérieux et de la fantaisie pure, Comment faire avec le rhinocéros vient se ranger avec succès dans la catégorie des documentaires pour enfants « qui sont un peu plus que ça », et que l’on redécouvre avec plaisir. A la fois pour alimenter sa fascination pour les grosses bestioles et pour apprivoiser les peurs qui leur sont liées. Et par ailleurs, une première collaboration imaginative entre deux créatrices inspirées et sur la même longueur d’onde, à suivre de près.

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