8/10Chromozone

/ Critique - écrit par Kei, le 19/11/2006
Notre verdict : 8/10 - trizonique (Ecrivez votre critique)

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C'est beau internet. C'est beau la technologie. Cette capacité qu'ont les hommes à communiquer et à se déplacer. Extraordinaire non ? L'ère du tout numérique est avant tout celle de la communication, on ne peut en douter. Dommage que celle ci doive se terminer, à cause d'un virus. Un virus informatique, s'attaquant à toutes sortes de structures binaires, mutant en permanence, insaisissable. Une vraie plaie qui plonge le monde civilisé dans un chaos monstrueux. Et sur les ruines fumantes de la civilisation se dressent des groupuscules extrémistes et fanatiques, vaguement politiques, toujours religieux. Des groupuscules qui se font la guerre pour le plaisir d'agrandir leur territoire, en s'appuyant sur les moyens que leur apportent les quelques grands consortium rescapés, très heureux de leur vendre leur technologie et leurs armes.

Un contexte glauque, dans lequel évoluent 4 personnages, chacun dans leur petit monde, mais qui finiront par se croiser. Des personnages très différents les uns des autres, qui ont des perceptions très divergentes de leur monde. Entre celui vivant comme flic dans les bas-fonds de Marseille et celle qui est le numéro 2 de la plus grande des corporations existantes, il y a un gouffre immense. Un fossé creusé non seulement par l'environnement direct des personnages, mais aussi par leur propre intellect, resté étonnement clair et indépendant en dépit des événements. Différents personnages, différentes histoires, différents modes de narration. Stéphane Beauverger joue particulièrement bien de son style lors de l'alternance des chapitres, qui se consacrent en alternance aux protagonistes de l'histoire. Un style que l'on trouve lourd, téléphoné lors des premières pages. Mais les phrases longues et l'abondance de qualificatifs ont un grand avantage. Sans rien changer à la construction générale du récit, juste en jouant sur ces qualificatifs, l'auteur créé des univers distincts. Cela produit un effet que l'on pourrait rapprocher de celui créé par la musique de Pierre et le Loup : un coloration qui permet de savoir qui entre en jeu, dans quel environnement on évolue, mais qui ne raconte pas l'histoire.
Ce même style qui à tendance à rebuter dans les premiers chapitre y joue pourtant un rôle de tout premier plan. Le lecteur est abandonné dans l'univers de Chromozone sans introduction. Il ne comprend rien à ce qui se passe, et il lui faudra attendre pour commencer à saisir le pourquoi et le comment des événements. La narration ampoulée contribue grandement au sentiment du lecteur à ce moment.
Mais ce qui est le plus remarquable ici, c'est que Stéphane Beauverger s'autorise à des métaphores assez osées, couplées à un sens de la formule très agréable. On pense parfois lors de certaines description à celles que l'on peut trouver dans Le Festin Nu. En associant des mots peu en rapport, en décrivant plus l'atmosphère que la scène, il arrive à créer un malaise chez le lecteur, à lui rendre compte de l'horreur de la scène qu'il a sous les yeux.

Le roman est glauque, violent, parfois très gore, mais les thèmes qu'il aborde sont eux beaucoup pus proche de nous. La situation que vivent les héros ne sont finalement que le résultat d'une dérive communautaire de la société. Alors qu'on cherche à faire revivre ses racines, à se trouver une identité, on attise (souvent sans le vouloir) des conflits culturels. Et ces pseudo-racines que l'on se découvre sont souvent bien artificielles. Le fond de commerce de Chromozone n'est finalement ni plus ni moins qu'une grande amplification de ce phénomène. Les associations contre nature de certains idéaux n'ont plus rien d'anormal dans ce monde ou pour exister il faut faire partie d'un groupe puissant.
Chromozone surfe sur notre actualité. Les sciences du vivant, les bio technologies et l'informatiques n'ont jamais été aussi présents. Tous soulèvent des problème de sécurité, d'éthique, d'intégrité. Stéphane Beauverger ne fait que s'emparer de ces thèmes et des craintes qu'ils suscitent pour les amplifier. Ce premier roman n'est qu'un développement (particulièrement brillant certes) d'un bon nombre de psychose latentes de notre société. Difficile dans ces conditions de rester de marbre devant le récit.

Chromozone est un vrai bonheur. Non seulement le récit est admirablement construit, mais le scénario et son cadre sont d'une cohérence rare. Le seul reproche que je pourrais faire à ce roman est son final un peu trop classique et grandiloquent. Mais cet aspect passe au second plan dès que l'on apprend que ce roman n'est que le premier volume d'une trilogie, dont on attend les volets suivant avec impatience. Pour un tout premier roman, c'est un coup de maître, admirablement servi par une édition de grande qualité (la couverture est superbe et colle parfaitement au ton du roman) quoiqu'un peu déstabilisante au niveau de la police de caractères utilisés.

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