L'histoire :
Lorsqu'en cours de route, Arnie, adolescent complexé n'ayant que Dennis pour seul ami d'enfance, découvre ce tas de ferraille au fond d'un bled paumé, c'est le coup de foudre. La voiture est une Plimouth Fury 1958, une voiture rouge comme on en faisait en masse à Detroit. Elle s'appelle Christine. Il la rachète au propriétaire acariâtre sans faire de calculs et petit à petit, il la rénove, la bichonne... Et Christine commence à retrouver sa beauté d'antan. Mieux ou pire, elle revit...
La critique :
Avec ce livre sorti en France en 1983, on baigne complètement dans la carrière la plus prolifique de l'écrivain qui multiplie sa renommée internationale à l'aide d'un talent déconcertant. En 1982, le voilà déjà qui se fait encore un peu plus remarquer lorsqu'il joue, écrit, et collabore avec son ami auquel, avec le "patelin", il dédie son livre, un certain George Romero dans un projet cinématographique commun : Creepshow, un « film-comics » à sketchs, genre tout aussi rare à l'écran de nos jours. Il sera le maître incontesté et absolu de l'horreur lorsque son effroyable Simetierre apparaîtra sur les étagères des libraires un peu plus tard dans la même année. C'est aussi pour les critiques une opportunité, si l'on peut s'exprimer ainsi, de se montrer plus épineuses encore. Elles reprochent l'écriture de King d'être une littérature purement commerciale n'ayant pour unique but que celui de se remplir les poches.
On voit d'un oeil irrité les adaptations cinématographiques signées par les plus grands réalisateurs se multiplier presque tous les ans et apercevoir le nom « King » sur le casting de chaque film d'épouvante. Ah, jalousie quand tu nous tiens ! On qualifie même l'écrivain de pondre de la « littérature pop-corn ». Allez, ne soyons pas grincheux, qui dans la salle n'aime pas le pop-corn ?
La force de Christine est impressionnante. Son intensité réside justement sur cette plume si ordonnée, très cinématographique. A chaque page, à chaque scène, impossible de ne pas vivre la situation des personnages. L'intrigue est encastrée dans un puzzle aux pièces diverses, nous présentant des situations attachantes.
On a l'impression de voir un film et que le bruit du moteur, vrombissant, se fait encore entendre au loin, sous une nuit sans lune, fusant le long de la route déserte. On rit, l'émotion nous attrape, puis la peur commence à s'imprégner petit à petit dans notre esprit.
Voilà un livre fort ouvert au suspense et qui, en premier lieu, prend racine sur Carrie et des adolescents rejetés, essayant tant bien que mal de se trouver une existence ailleurs. C'est également l'occasion pour King de critiquer le système éducatif américain et tout ce qu'il encercle (les parents, l'irresponsabilité ou la passivité des lycées à établir un peur d'ordre en leur sein). La psychologie des personnages, qui de leur côté ne tombent jamais dans le grotesque ni la caricature, n'est pas oubliée, et l'intrigue reste habilement écrite. Comme souvent dans ses histoires, l'humour garde une place importante et on appréciera ici le franc-parler des adolescents. Là encore, nous découvrons l'ambiance des années 80 américaines, une ambiance savoureuse rythmée par la fraîcheur des filles "pompom girls", le football américain, les belles bagnoles, la bonne musique (chaque paragraphe possède un extrait des tubes de Rock n' Roll), l'alcool, la drogue et bien sûr le sexe.
Et là apparaît Christine comme étrangère mais vite symbole de cette Amérique qui roule sur l'or, une Amérique balancée entre nostalgie de l'Age d'or des années 50 et à la recherche d'une adaptation ; une voiture qui pue de l'intérieur, possessive, mais qui fait flamber la route jusqu'à la fin fatale, mélancolique. Quoi qu'on en dise, King réussit à nous faire peur et on arrive à avaler le fait de n'être pas totalement maître de son véhicule... Après tout, qui sait ? Je crois que quelque part, il a entièrement raison !
Alors la prochaine fois, faites gaffe et pensez bien à dorloter votre voiture, sans cela, elle vous fera parler la foudre. Quant à l'adaptation cinématographique de Carpenter, il faut noter qu'elle reste moyennement fidèle à cette oeuvre qui sera vous conduire sur une route infernale, même si elle en garde l'esprit, la peur en moins.
Grâce à ce livre, j'ai découvert Chuck Berry alors merci encore. Beauté fatale, Christine, c'est le thème de la machine pensante orchestré avec la virtuosité d'une plume : la plume kingienne.
Otis []

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