8/10La Chaussure sur le toit

/ Critique - écrit par Danorah, le 03/01/2008
Notre verdict : 8/10 - Est-ce que les anges portent des chaussures ? (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Divertissante et loin d'être inepte, La Chaussure sur le toit sait surprendre son lecteur et le séduire à maintes reprises. Dix histoires qui se lisent comme du petit lait.

Il était une fois, une chaussure sur un toit. Une vieille chaussure racornie, abandonnée là par on ne sait qui, on ne sait comment, ni pourquoi. A première vue, pas de quoi fouetter un chat. Mais attendez un peu. Pensez-y une minute. Et si cette chaussure était le point de départ, le point commun, le fil rouge d'une multitude d'histoires diverses et variées, tour à tour drôles, haletantes ou touchantes ? L'idée paraît toute simple... encore fallait-il l'avoir. C'est dans la tête de Vincent Delecroix qu'elle a germé, et qu'elle a donné naissance à pas moins de dix chapitres, dix courts récits, indépendants en apparence... mais en apparence seulement.

Qu'a-t-elle bien pu inspirer à l'auteur, cette chaussure ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que Vincent Delecroix n'a pas fait dans le répétitif : qu'elle soit un protagoniste (presque) à part entière ou seulement un petit détail insignifiant et éphémère, la chaussure sur le toit donne lieu à des réflexions métaphysiques décisives, à l'engendrement d'une nouvelle et révolutionnaire forme d'art, à une rencontre (mal)odorante, ou encore aux tribulations d'un animal de compagnie qui cherche à faire entendre raison à son maître. Car non content de varier les thèmes, Vincent Delecroix se joue également des registres (de la complainte élégiaque au commentaire philosophique capilotracté) et des personnages, aussi divers et variés qu'une vieille bonne femme (impayable, on y reviendra), une jeune fille séparée de son amant, un homme d'âge mûr qui gâche sa vie à courir après une chimère, un ex-présentateur de télévision égocentrique reconverti à la philosophie égocentrée, des gangsters qui se retrouvent dans une étrange (et malsaine) situation après un casse raté, et même... un chien, oui, tout à fait.

Alors, bien sûr, l'ensemble est léger, ne demande pas une concentration intense et ne provoque pas un retour sur soi ni une réflexion très poussée. Mais le divertissement est tout simplement de très bonne facture : quelques tournures mordantes servent un style intéressant (souffrant de quelques lourdeurs par moments mais le plus souvent plein d'à propos) marqué par la quasi absence de dialogues, la plupart des discours étant rapportés au style indirect libre - procédé assez peu usité, surtout dans ces proportions, et qui prend toute son ampleur dans l'histoire intitulée Secourisme.

Cette dernière représentant très certainement le sommet du roman, prenons la peine de nous y attarder quelque peu. Récit d'une vieille mamie en manque d'attentions qui appelle les pompiers pour qu'ils viennent enlever cette maudite chaussure qui traîne sur le toit d'en face, l'histoire prend peu à peu une tournure inattendue, charmante, et pleine d'une douce fraîcheur. On en redemanderait presque, quoique les autres nouvelles ne déméritent pas : souvent touchantes et saupoudrées d'humour tendre, elles se placent sous le thème récurrent de la solitude - ses remèdes et ses souffrances - le tout traité avec un certain flegme et une certaine retenue qui ne manquent pas de séduire. Mais ce qui constitue réellement le petit « plus » de La chaussure sur le toit, et qui rend la lecture véritablement délectable, c'est bien l'homogénéisation des récits, non seulement par le fil rouge de la chaussure, mais également par une montagne de petits détails récurrents, communs à plusieurs histoires et qui les relient inextricablement. C'est un réel plaisir que de les découvrir au fil de la lecture.

Divertissante et loin d'être inepte, La Chaussure sur le toit sait surprendre son lecteur et le séduire à maintes reprises. Très divers mais de qualité et d'intérêt relativement homogènes, les dix chapitres se lisent comme du petit lait, avec un plaisir qu'il n'y a aucune raison de dissimuler, et devraient permettre à chacun de trouver chaussure à son pied.

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