4/10Charlie

/ Critique - écrit par Otis, le 26/01/2007
Notre verdict : 4/10 - Un tout petit feu (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 4 réactions

Maître du suspense, on ne peut retirer ce titre à Stephen King, premier du nom. Jugez du peu, Charlie commence par une histoire qui ne pouvait débuter mieux : une course poursuite. Contre Andy et sa fille, Charlie, des agents de la Boîte, une organisation aux fins plus que suspicieuses. Innocente mais pas naïve, aux pouvoirs paranormaux - ici la pyrokinésie est l'angle d'approche - Charlie illustre bien le personnage kingien par excellence.
A l'aide de son pouvoir, elle fuit avec son père qui a le don de "pousser" les gens en leur dictant ce qu'ils doivent faire. Pour expérimenter la pyrokinésie de la fillette, la Boîte, sorte de services ultra-secrets américains, consciente de la foudre que susciterait le don de Charlie qui apprendrait l'origine du meurtre de sa mère, recherche activement le reste de cette famille en proie à des déchirements.

A mesure que les chapitres s'enchaînent sous un rythme effréné, on en apprend un peu plus sur nos deux personnages en cavale, suite à des indices laissés sur la route de la lecture. King, fourbe du suspense, n'hésite pas à saupoudrer son intrigue de quelques rétrospectives. Le talent de l'auteur, son véritable talent, restera celui de cerner la psychologie de l'enfance et de transmettre au lecteur grâce à deux, trois phrases mentales, les sentiments qui agitent ici Charlie. Lorsque l'allégorie s'ajoute à cela, allégorie subtile vernissée d'une douce poésie, on ne peut que saluer le véritable roi du fantastique social du XXe siècle.

Derrière cette traduction de l'enfance et de ses agitations, il faudra noter une rare justesse dans l'agencement des dialogues, là où beaucoup l'ont taxé de simplisme dans les sentiments. Ses portraits ont au contraire du relief, leur caractère propre et Charlie le démontre une fois n'est pas coutume.

Les points agaçants sont à trouver du côté du style. Le style de King est trop oral, ce qui certes soulève le côté réaliste qui compense le merveilleux de son texte, mais cela manque d'un souffle plus littéraire que King considère à tort comme un "dévidage harmonieux".
On sent une application dans les mots, mais il ne prend pas de risques dans sa manière de raconter. Dans l'oppression finale, dans le sentiment voulu de claustrophobie que veut rendre l'écrivain, ce n'est pas à la hauteur de récits puissants comme par exemple Le Joueur d'échecs de Zweig.
Par ailleurs, King en profite peut-être pour se venger sur la psychanalyse, avec ce personnage Herm Pynchot, ridicule efféminé, présenté comme un travesti avec de curieuses errances perverses. La figure du meurtrier kingien est aussi présente, mais elle déçoit bien vite. On a l'impression qu'il s'agit d'une marionnette obligée pour rendre de la consistance au suspense.

Intrigue à ficelles ? On serait tenté de le croire.
La critique des services secrets américains apparaît bien superficielle pour qui s'intéresse à la question, même si Charlie interroge il est vrai le lecteur sur le pouvoir, la raison d'Etat. Hélas, l'approche ne s'avère guère pertinente. Si le récit pourra sembler triste et touchant, en témoigne la mort de la mère de Charlie, on notera une incohérence dans - indice - l'évasion du "camp" (je n'en dis pas plus), ce qui tend à rendre l'histoire moins crédible.

Au final, Charlie aurait mérité une meilleure étude sur l'atmosphère, les ruminations intérieures qui poussent l'héroïne à commettre l'irréparable, et une approche plus poussée sur les mouvements tragiques qui s'insèrent dans le texte. La lecture de ces 466 pages se termine avec un goût d'inachevé, accompagné par le sentiment d'avoir perdu son temps. Dommage.

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