9/10Chansons du monde : du Brésil au Viêtnam

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 20/05/2012
Notre verdict : 9/10 - Globe-singing (Ecrivez votre critique)

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Depuis maintenant dix ans, la collection « Comptines du monde » chez Didier Jeunesse fait découvrir aux plus jeunes des répertoires musicaux quelquefois difficilement accessibles : les comptines traditionnelles venues des « quatre coins » du globe. Parfois des classiques régionaux de notre pays (Comptines et berceuses de Bretagne), ou encore des refrains de contrées plus lointaines (Comptines de miel et de pistache). L’ambition première de cette collection est une sensibilisation aux autres sonorités musicales et langagières, à une abondance d’instruments existant ailleurs, mais surtout à l’immense richesse des différents patrimoines culturels. L’album Chansons du monde nous offre donc une audacieuse compilation des douze livres-disques parus à ce jour dans la collection. Une délicieuse opportunité de toucher à chaque registre, tant au niveau musical que de l’illustration singulière de chaque région ou pays.

Chansons du monde : du Brésil au Viêtnam
Illustration d'Aurélia Fronty, issue de Chansons
du monde, Didier Jeunesse, 2012
Comme bien souvent dans les recueils précédents, Jean-Christophe Hoarau préside toujours le choix du répertoire présent sur cet album. La difficulté principale résidait dans l’harmonisation de l’ensemble : c’est toujours le souci essentiel d’un collectif, parvenir à consolider des univers musicaux et picturaux très différents sans que l’on ne ressente un effet « patchwork » trop prononcé. Le pari est savamment relevé en mettant à l’honneur une thématique commune à tous : l’amour. Thématique qui reste, à la fois dans les registres traditionnels et dans toutes les cultures, un sujet fédérateur et universel. On croise ainsi l’amour sous différentes variantes : l’amour euphorique célébré entre deux êtres (le « Kélé kélé » arménien, ou le « So diyara » de Côte d’Ivoire), ou au contraire l’amour éconduit ou en deuil (« Totéa yum chlang » au Cambodge, « Murugan pâdal » en Inde). L’amour filial est aussi bien sûr au centre de l’attention (« Ciucciarella » en Corse) tandis qu’est évoqué avec finesse l’attachement au pays (« Kak païdou ia na bystrouiou riétchkou » en Russie). Des concepts plus sombres sont abordés, comme la mort des parents ou la souffrance, même s’ils sont traités par la consolation sous forme de chants réconfortants (le « Yà dounyà » algérien).

Chansons du monde : du Brésil au Viêtnam
Illustration d'Elodie Nouhen, issue de Chansons
du monde, Didier Jeunesse, 2012
Outre les sujets qui rassemblent tout en brassant des sentiments divers, l'enchaînement des atmosphères musicales délivrées par chacune des comptines est parfaitement étudié pour un dépaysement total, tant au niveau des humeurs que des expériences sonores. Au fil de l’écoute, on passe aisément de la douceur enveloppante d’une berceuse (« Ciucciarella »,  le « Se essa rua fosse minha » brésilien) à l’effervescence des airs plus rythmés (« La parida » espagnole, « Al laouenig » de Bretagne), voire chaloupés et sensuels (« Qua câu gio bay » au Viêtnam ou « La belle brune » en Algérie). Mention spéciale à la chanson guadeloupéenne qui clôt l’aventure admirablement et non sans une once de nostalgie : « Adyé Foula » . Celle-ci demeure au sein du recueil l’une des seules chansons presque aussi célèbres en métropole que nos autres comptines françaises traditionnelles, à l’image de « Ban-mwen on ti bo » que l’on retrouve également ici. Par ailleurs, comme dans chaque titre de la collection, les paroles sont reproduites à la fois dans leur alphabet d’origine, mais aussi retranscrites en phonétique pour les entonner nous aussi, puis traduites. Nous retrouvons également en fin d’ouvrage des notes détaillées sur chaque piste, permettant de mieux appréhender les thématiques ou leur histoire, de connaître les instruments nouveaux et typiques des différentes cultures : on découvre ainsi le khong thom au Cambodge ou le balalaïka russe, qui côtoient allègrement les familiers pianos ou accordéons au détour de certaines mélodies.

Chansons du monde : du Brésil au Viêtnam
Illustration d'Elodie Nouhen, issue de Chansons
du monde, Didier Jeunesse, 2012
La richesse de ce voyage musical mise à part, cette compilation de chansons du monde serait probablement moins touchante si l’on ne pouvait s’immerger dans son opulente variété d’illustrations. Elles aussi issues des recueils d’origine consacrés à une région, un pays ou un ensemble de pays, elles possèdent toutes une identité propre, mais se rejoignent sur un point : la chaleur et la générosité qui s’en dégagent. C’est d’ailleurs ce qui fait la marque de fabrique de cette rétrospective mais aussi de la collection entière « Comptines du monde » : le désir de partage et de découverte, l’universalité des figures représentées, mêlés à toutes les petites spécificités qui font de chaque opus une expérience singulière et surprenante. On retrouve donc ici pas moins de neuf illustrateurs, dont les graphismes très picturaux laissent une grande place aux paysages : le grain azur de la mer grecque par Delphine Jacquot, la luxuriance couleur émeraude des forêts brésiliennes par Aurélia Fronty, la flamboyance tropicale de la Guadeloupe par Laurent Corvaisier. La part belle est donnée également aux motifs des vêtements et tapisseries, à grand renfort de formes géométriques, de fleurs ou de collages de matières (l’Afrique Noire par Elodie Nouhen, la Bretagne par Aurélia Grandin, l’Espagne par Beatrice Alemagna). Sensibles et expressifs, les visages sont toujours représentés avec finesse et empathie, les regards nous touchent aussi sûrement que les corps en mouvement donnent envie de nous trémousser.

Expérience passionnante, tantôt fraîche, tantôt chaleureuse, mais toujours dépaysante, l’album-compilation Chansons du monde : du Brésil au Viêtnam est une promenade émouvante dans le patrimoine de nos voisins. Faire découvrir les sonorités des autres contrées aux plus jeunes était un projet louable, mais réussir à le rendre accessible, harmonieux, voire universel est une réussite inespérée. Grâce à ses refrains entraînants ou ses berceuses douces et réconfortantes, l’album parviendra aussi bien à toucher sa cible première que les adultes amateurs de voyages et de musiques du monde. C’est aussi l’occasion de découvrir par quelques extraits les divers titres de la collection « Comptines du monde », et peut-être de se laisser tenter par certains des recueils intégraux. Tout cela en attendant avec impatience le prochain livre-disque… et le prochain périple.

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