3/10Celui qui écrit une lettre au président

/ Critique - écrit par iscarioth, le 10/05/2007
Notre verdict : 3/10 - Impertinent (Ecrivez votre critique)

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« On m'appelle citoyen, on m'appelle le beur, on m'appelle le jeune, on m'appelle aussi le Muslim, le Kabyle, l'Arabe ou le lascar, ou encore l'immigré, on m'appelle aussi mon frère, ou même cousin ; mais ce qui me définirait le mieux serait être humain ».

Voilà les premiers mots d'Adel Fernane, celui qui s'est décidé à écrire une lettre au Président, pendant les émeutes en banlieue de 2006. Le jeune homme l'explique lui-même, un jeune français « issu de l'immigration » (comme on le dit souvent sur TF1) qui écrit un bouquin sur sa condition, ça fait saliver les médias et les éditeurs de feuilles de choux. Seulement voilà, Adel Fernane entend bien se jouer des clichés et proposer une vision de la situation en dehors des sentiers battus. Il a cette ambition, ambition qu'il expose quatre-vingts pages durant, sans jamais dépasser le stade embryonnaire de la prétention.

Adel Fernane est très certainement un gentil garçon, un petit gars que je compterais peut être parmi mes bonnes connaissances si l'on habitait dans le même coin. Il publie son ouvrage modestement, chez les microscopiques éditions Publibook. Sur ce postulat, on aurait presque envie de se retenir d'écrire que son livre est mauvais, tant du point de vue analytique que stylistique. Adel Fernane écrit comme il parle et parle comme n'importe qui. Mises à part quelques figures de style vaguement amusantes, placées ça et là, l'écriture est monocorde, pauvre. On ne peut pas reprocher à Fernane un ouvrage à la construction trop scolaire. Son oeuvre se place malheureusement encore en dessous des inconvenances de l'académisme juvénile. Celui qui écrit une lettre au président est un ouvrage complètement démantibulé, dont les suites logiques et concordances ne sont claires que dans l'esprit de son auteur.

On croirait que Fernane s'est enregistré au comptoir d'un bistrot, déblatérant en vrac tout un tas de thèmes qui lui sont d'importance. La discrimination, le racisme, Sarkozy, Ni putes ni soumises, les médias, Drucker, l'orientation, le travail, la politique, la famille... Fernane parle de tout ou presque sans jamais élaborer un schéma de pensée, un plan ou une logique. Le jeune auteur dénonce tout un tas de phénomènes, dresse un constat qui n'est pas nouveau sans jamais nous donner à lire un centigramme d'analyse. Les pages égrainent au mieux des slogans, au pire des idées toutes faites, emballées sans cohérence ni recul, sans même un début d'argumentation. Pour exemple, cette lettre ridicule adressée à Olivier Besancenot, avec laquelle Fernane demande au représentant de la Ligue Communiste Révolutionnaire de démissionner de son emploi de facteur pour laisser la place à des précaires moins diplômés que lui (!).

Plus irritant encore, cette faculté qu'a Fernane à enfoncer des portes sans jamais pénétrer dans aucune pièce. Par exemple, au début de son ouvrage, Fernane nous livre sa vision des femmes. « Au lieu de les considérer tels des objets ou des accessoires divers, il faut les voir en tant qu'être humain d'abord, mais au-delà, je crois qu'il faut leur reconnaître des qualités de manipulatrices et un art du calcul. Une femme qui se fait belle, ne le fait pas dans l'unique but de vous faire plaisir, mais aussi dans le but de vous séduire afin d'exiger de vous tout ce qu'elle veut ». C'est énorme, ce qu'il vient d'écrire là, Fernane. Mais au moins, il en a conscience, il prévient qu'on va certainement le qualifier de macho (sans rire ?) et qu'il va se mettre à dos les Ni putes ni soumises. Et après ? Eh bien après plus rien. Ce sacré Adel embraye sur un souvenir d'enfance et raconte qu'en 5ème, une méchante camarade de classe l'a appelé « Dumbo ». Il ne reviendra pas sur le thème que nous venons d'évoquer. La suite, c'est à vous de l'inventer.


Mal écrit, sans aucune saveur analytique et donnant donc très peu à réfléchir, Celui qui écrit une lettre au président est en plus de cela bourré de fautes de grammaire et de conjugaison extrêmement grossières. On aurait aimé trouver une qualité à cet ouvrage modeste (et donc à priori sympathique), mais l'imagination nous a manqué.

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