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9/10Ceci est mon sexe - Claire Barré

/ Critique - écrit par C.Saffy, le 14/08/2014
Notre verdict : 9/10 - Girl Sh(P)ower. (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

La bonne surprise. Un roman hédoniste, intrépide, explosif, et qui pourrait être le décadrage version déjantée du Shortbus de J.M. Cameron dans sa recherche de l'amour et du partage sexuel pour redonner vie aux autres.

Il y a d’abord ce titre qui vous saute à la figure, paraphrasant l’un des préceptes les plus connus de l’ami Jésus. Une couverture faussement girly et baignée de colifichets mélangeant le sexy et le sacré qui annoncent la couleur. Mais qui donc assène avec tant de force ces mots au milieu du rose, des guns et des étoiles ?

Trixie Rose est, dès sa naissance dans un trou perdu des Etats-Unis, une enfant extra-ordinaire. Métisse aux yeux violets, au corps exultant comme un arbre fruitier en perpétuelle floraison, elle attire comme un aimant. D’une nature bonne et généreuse, elle ne voit pas le mal et ne comprend pas pourquoi son allure si puissamment sexuelle provoque des réactions disproportionnées, bagarres, mouvements de foule ou mépris selon les personnes qui les reçoivent – un peu comme la Juliette Hardy de Et Dieu créa la femme, non vénale, libre et qui jamais ne pense à mal quand elle agit selon ses désirs. En grandissant, elle découvre que sa sexualité, n’est pas seulement une source d’émerveillement perpétuellement renouvelé, elle est source tout court ! Après quelques expériences pas toujours des plus réussies, Trixie Rose rencontre un pasteur, qui descendant entre ses cuisses réussit à faire jaillir un véritable geyser de plaisir qui éclabousse toute la chambre. Car Trixie Rose est femme fontaine, une vraie de vraie. Mais non contente d’être abondante, ce qu’elle appelle rapidement sa « rosée » (pour trouver un mot plus joli qu’éjaculat) a des vertus miraculeuses, capable de guérir calvitie, maux de dos, faire repousser une phalange perdue dans un accident de travail et même opérer des rémissions complètes sur des cancers en phase terminale pour qui s’en trouve arrosé…

Un pouvoir qui ne peut qu’attirer la convoitise, les prosélytes, les illuminés et les adorateurs de la féminité. Un tel miracle divin ne serait rien s’il ne s’accompagnait d’un mauvais ange à placer sur la trajectoire de la belle Trixie Rose. Il s’agit en l’occurrence de Ziggy, dealer parisien, beau gosse à l’ego surdimensionné dévoré d’ambition et qui veut devenir une superstar, quel que soit le moyen employé pour y arriver. Echouant lors d’un casting pour devenir acteur, il est de plus rattaché tant bien que mal à Monsieur G., figure bien installée de la pègre parisienne tendance coke et putes. Bien décidé à payer sa dette comme à une mère maquerelle, Ziggy voit en Trixie Rose, au-delà de l’amour et du désir sexuel impérieux qu’elle lui inspire un moyen d’accéder enfin à ses rêves de gloire et de grandeur.

Difficile de résumer ou parler pleinement de ce qu’est Ceci est mon sexe sans oublier tout un tas de petits détails, de personnages et de séquences tous plus déjantés et colorés les uns que les autres. Bâti comme une série télé dont les épisodes seraient compilés en un seul gros roman richement visuel de cinq cents pages, le roman de Claire Barré – dont le patronyme est on ne peut plus cohérent ! – est un déferlement de contre-culture qui mélange le cinéma de série B, les trips sous LSD, le catch féminin et le strip-tease burlesque, la culture camp, les réflexions religieuses et féministes/humanistes, et se balade entre les Etats-Unis, le Japon, la France et les Pays-Bas dans une course effrénée et infinie. Si Trixie Rose (Trixie qui rime avec pixie, soit « petite fée » en anglais) et Ziggy sont les moteurs de Ceci est mon sexe, ils sont entourés d’une constellation de personnages tous plus déjantés et fracassés les uns que les autres. Là est le tour de force de Claire Barré, qui aurait pu facilement se perdre et nous perdre dans ces incessants va-et-vient entre ses personnages (on en compte presque une quinzaine et ils ont tous droit à leur développement personnel sans jamais se contenter d’être esquissés !), arrive à les relier les uns aux autres avec une facilité déconcertante. Souvent, les scénaristes qui passent au roman se contentent de privilégier le découpage et le rythme au détriment d’une psychologie fouillée, ce n’est pas son cas et c’est assez rare pour être salué. De plus, le postulat de départ, quand même sacrément gonflé, évite les revendications féministes à l’emporte-pièce pour privilégier une force hédoniste, jouissive où il est question de sexe (les séquences érotiques sont toutes moites et intenses et suscitent beaucoup d’envie),  mais aussi et avant tout d’amour sous toutes ses formes et d’un désir de prendre soin de l’autre à tout prix. Pleine de candeur, Trixie Rose est une héroïne qui pourrait à tout moment sombrer dans le principe de la Mary-Sue sans jamais y basculer : on la suit irrésistiblement dans ce chemin de vie délirant ; elle est une sorte de lointaine cousine de la Dora de L’amour du prochain de Pascal Bruckner, où une belle métisse rebondie et charnelle prêchait l’amour de tous par le prisme de la prostitution.

S’il est un reproche que l’on peut faire à ce livre, c’est qu’il donne parfois l’impression de s’adresser à un lectorat très ciblé : pas sûr en effet que tout le monde soit sensible aux références très marquées qui l’émaillent. Mais que ce détail n’empêche en rien la découverte de Ceci est mon sexe : cela fait beaucoup trop longtemps que la France attend pareil livre, qui en plus d’être le roman du squirt, est ce roman sexuel, pop, dingue, drôle et sous acides qui nous manquait depuis longtemps. 

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