8.5/10Le Carnaval des animaux

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 14/11/2011
Notre verdict : 8.5/10 - Galops et rugissements en fanfare (Ecrivez votre critique)

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Cette nouvelle version du Carnaval des animaux réactualise l’œuvre de Camille Saint-Saëns sans la dénaturer, contrebalançant les notes originales du maître par un récit à la fois poétique et savoureux, et par un visuel chaleureux, baroque et joliment fouillé.

Grand classique musical, maintes fois plébiscité auprès du jeune public par son thème tout approprié, Le carnaval des animaux se retrouve aujourd’hui réinventé chez Didier Jeunesse. Pépito Matéo, auteur, comédien, conteur et metteur en scène, se charge de cette version à la fois fidèle et pleine de fantaisie, en y insufflant une prose espiègle, métaphorique et tout aussi musicale que la partition originale de Camille Saint-Saëns. Accompagné des solistes de l’Orchestre de Paris pour rendre justice aux airs tantôt enjoués tantôt sereins du récital, le texte de Pépito Matéo est également magnifié par l’univers sophistiqué et très pictural de Vanessa Hié (Patouffèt’).

Le Carnaval des animaux
Illustration de Vanessa Hié, issue du
Carnaval des animaux, musique de Saint-
Saëns, texte de Pépito Matéo
Succéder aux différentes transpositions du Carnaval des animaux et rendre cette approche unique et accrocheuse est un pari difficile. Pour le relever, se détachant de la célèbre interprétation de Francis Blanche, Pépito Matéo opte pour un récit théâtral, à la fois descriptif et surréaliste – à la façon d’un speaker, se focalisant sur les transitions entre les différents morceaux figurant les animaux ou les familles d’animaux. Ainsi la légendaire personnification des bestioles prend corps dans des phrases qui se déroulent aussi gracieusement que la musique, contée d’une diction posée, pimpante mais rassurante, enchaînant des tournures poétiques et rythmées. L’annonce de chaque « portrait » d’animal n’omet pas de glisser au détour du récit les instruments utilisés, permettant ainsi au jeune auditeur d’identifier le son qui traduit le cri ou le bruit de l’animal (comme le xylophone dans le célèbre morceau de « l’Aquarium », invoquant le scintillement des gouttes d’eau foulées par les poissons). Ainsi, alternant moments parlés et phases musicales, le galop trépidant des « animaux véloces » laisse place à la lancinante avancée des tortues, croisant nonchalamment le pas sourd des éléphants au son de la contrebasse. L’emploi de mots tout aussi sonores qu’imagés, choix pertinent qui participe à rendre l’ensemble harmonieux et cohérent, appelle aussi une certaine difficulté face au lexique un brin complexe pour les plus petits. Les plus férus de vocabulaire prolongeront l’expérience d’une visite dans le dictionnaire, les autres se laisseront négligemment bercer par la musique des mots, sans en chercher le sens. Toujours sur un ton léger, l’issue du récit offre une sorte de feu d’artifice à consonance écologiste, écartant tout propos moralisateur, mais célébrant tout simplement l’amour des animaux.

Le Carnaval des animaux
Illusttation de Vanessa Hié, issue du
Carnaval des animaux, musique de Saint-
Saëns, texte de Pépito Matéo
Pour nourrir l’extrême douceur ou la fringante allégresse de la partition de Saint-Saëns, ainsi que la vision singulière de Pépito Matéo, Vanessa Hié offre son univers pictural particulièrement chaleureux et feutré. Traçant des courbes fines et sophistiquées pour ces animaux attachants, son trait vacille entre une certaine liberté de représentation, humoristique, et des textures plus réalistes et documentées. Dans l’ensemble, l’esprit penche toutefois vers le fantaisiste comme en témoigne la planche des chevaux, sans doute clin d’œil au mouvement irréaliste décomposé dans le Derby d’Epsom de Géricault. Joyeux mélange de matières grattées et minutieusement travaillées, de rayures et de couleurs acidulées, l’atmosphère est à la fête : les bêtes elles-même semblent avoir enfilé leur costume du dimanche dans leurs chorales et chorégraphies. Faisant écho à l’humour du texte conté et à l’aspect à la fois suggestif et mystérieux de la musique, l’illustratrice mêle le hasard et le perfectionnisme et offre des tableaux sensibles et drôles, où le geste et la matière donnent consistance à moult détails amusants. Un jeu de typographie élégant, mélange de traditionnel (coloré) et d’agencement dynamique et moderne, s’invite dans le texte plus conventionnel, et crée une belle cohésion avec l’image et la musique.

Cette nouvelle version du Carnaval des animaux réactualise l’œuvre de Camille Saint-Saëns sans la dénaturer, contrebalançant les notes originales du maître par un récit à la fois poétique et savoureux, et par un visuel chaleureux, baroque et joliment fouillé. Un album permettant de découvrir le grand classique, et qui gagne à être ré-écouté, relu et ré-admiré encore et encore, toute génération confondue.

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