8.5/10L'attentat

/ Critique - écrit par Nhu-lan, le 21/06/2013
Notre verdict : 8.5/10 - « Celui qui t’a dit qu’un homme ne doit pas pleurer ignore ce qu’homme veut dire. » (Ecrivez votre critique)

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Le film basé sur le roman L’attentat est en ce moment à l’affiche. L’actualité cinématographique étant une constante inspiration, Krinein vous propose de découvrir ce petit bijou littéraire de Yasmina Khadra.

Une identité controversée

Beaucoup présument que l’auteur est une femme. Or, que nenni, Yasmina Khadra n’est pas le nom de l’écrivain mais tout bonnement un nom de plume composé des deux prénoms de son épouse. En réalité le romancier se nomme Mohamed Moulessehoul. Ce changement d’identité a plusieurs significations. Dans un premier temps, Mohamed Moulessehoul voulait rendre hommage à sa femme et à toutes les algériennes. Deuxièmement, il voulait rompre le lien avec l’armée algérienne (dont il est un ancien gradé). Ce statut de militaire obligeait l’écrivain à s’autocensurer et il tombe sous le sens que cela va à l’encontre de la liberté artistique. Troisièmement, ce pseudonyme lui permet de prendre de la distance par rapport aux sujets délicats qu’il traite dans ces livres. Ainsi, sa façon d’aborder les conflits en Israël ou entre l’Occident et l’Orient est une pure création littéraire. Par le passé, ce pseudonyme féminin lui a causé du tort. Certains avaient porté aux nues les écrits de Yasmina Khadra qui symbolisait, à leurs yeux, la voix des femmes algériennes. Lorsque l’auteur révéla sa vraie identité cela entraîna l’incompréhension, l’étonnement voire le courroux de certains lecteurs et critiques. Aujourd’hui, ce débat est clôt et le succès de Yasmina est incontestable puisque « ses romans sont traduits dans 37 pays ». Cette polémique autour de l’identité de Yasmina Khadra / Mohamed Moulessehoul nous livre un des thèmes récurrents de son œuvre : il ne faut pas se fier aux apparences.

L’enfer sur terre

Le titre, L’Attentat, ne laisse planer aucun doute: ce roman sera dur et sanglant. Pourtant, le message de Yasmina Khadra est clair : il faut nous aimer les uns les autres. Dans ce livre, la dualité de l’homme et de la femme nous explose en plein visage : chacun a sa part d’ombre et de secrets inavouables.

Dès la première page, nous sommes catapultés, sans préavis, dans une scène chaotique. Nous vivons l’horreur en direct :

« J’ai essayé de me dégager des corps en transe qui me broyaient, sans succès. »

De nos jours, les informations télévisées nous ont habitués à ce genre d’images traitées froidement par un présentateur dont le sourire va et vient automatiquement suivant le sujet. Or, ici, nous faisons partie du drame. Les mots choisis par l’auteur ne nous permettent pas de nous voiler la face. Les paroles d’Amine Jafaari, le protagoniste, nous lacèrent les tripes et résonnent dans notre tête :

« J’essaie de remuer mes jambes, de relever le cou… aucun muscle n’obéit… Maman crie l’enfant… Je suis là, Amine… »

Yasmina Khadra ne tourne pas autour du pot. Nous savons, d’entrée de jeu que nous souffrirons physiquement et mentalement aux côté du personnage principal.

Le roman se déroule en Israël, en grande partie à Tel-Aviv. Le docteur Amine Jafaari et sa femme Sihem forment un couple heureux vivant dans le quartier le plus huppé de la ville. Ils fréquentent des personnes influentes et mènent une vie agréable à l’abri des conflits israélo-palestiniens. La seule ombre au tableau est qu’ils sont d’origine arabe. Pour certains, Amine Jafaari, qui exerce la profession de chirurgien, est le symbole ultime de l’intégration en Israël. D’autres voient cette glorification d’un mauvais œil et préfèrent rester sur leurs gardes. Pour un fils de berbère, devenir un grand médecin et être naturalisé israélien est chose rare. Mais le paradis finira par se transformer en enfer sur terre.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille et parfois tout nous claque dans les doigts et la réalité nous cingle le visage. Amine Jafaari en fait l’expérience juste après un attentat suicide perpétré dans un restaurant en plein centre de Tel-Aviv. Selon la police, l’auteur de ce crime serait Sihem, sa douce et belle épouse. Aux douleurs de la perte s’ajoutent les tourments de l’incompréhension. Alors, Amine se lance dans une quête dont il ne connait même pas le but. La déchéance de l’homme est rapide. La bombe a explosé dans ce restaurant de Tel-Aviv mais aussi dans sa tête et surtout dans son cœur. Sa soif de vérité le portera jusqu’en Palestine où ses démons passés et présents le hantent sans relâche.

 Nous savons aussi bien que lui qu’il ne sera plus jamais le même : un changement s’est opéré. Qu’est-il à présent ? Un israélien ? Un arabe ? Un fantôme ?

Pourquoi lire L’attentat aujourd’hui ?

Ce roman, palpitant et profond, nous met les nerfs à vifs. Yasmina Khadra mêle habilement drame personnel et tragédie internationale. Il réussit à mettre des mots sur ce qui échappe à la raison : la guerre, les attentats, l’amour et la mort. Malgré ses thèmes polémiques et ses descriptions parfois crues, L’Attentat est un concentré de tolérance. Yasmina Khadra nous fait entendre la voix de ceux qui vivent un conflit qui nous dépasse tous. L’auteur n’a pas de parti pris si ce n’est celui de la compassion. Il nous rappelle que la guerre et la mort sont réelles. La vie est fragile et nos actions ont une incidence sur le destin des autres. A trop chercher à avoir raison on peut finir par en perdre la vie (volontairement ou non). L’auteur nous incite à réfléchir sur notre existence et à nous respecter les uns les autres. A la violence des actes se mêlent les paroles bienveillantes de l’auteur.  Yasmina Khadra est un messager pour la paix. L’Attentat est un électrochoc. A lire absolument !

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