8.5/10L'Appel de Cthulhu

/ Critique - écrit par Otis, le 09/05/2006
Notre verdict : 8.5/10 - L'indicible terreur (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 1 réaction

Petite présentation :

Nous avons entre les mains un recueil de 9 nouvelles qui marquent le sceau d'une légende : le mythe de Cthulhu.
Par ordre : L'Appel de Cthulhu, par H.P Lovecraft (1928) ; Talion, par C.A. Smith (1931) ; Ubbo-Sathla, par C.A. Smith (1933) ; La Pierre noire, par R.E. Howard (1931) ; Les Chiens de Tindalos, par F.B. Long (1929) ; Les mangeuses d'espace, par F.B. Long (1928) ; L'habitant de l'ombre, par A. Derleth (?) ; Au-delà du seuil, par A. Derleth (1941) ; Le Tueur Stellaire, par R. Bloch (?)

La critique :

Le principal avantage que comporte ce recueil, c'est qu'il est composé de nouvelles plus ou moins longues (ne dépassant pas au maximum 40 pages). En effet, si l'on veut découvrir le monde de Lovecraft et de ses amis (comme ce fut le cas pour moi au départ), afin de comprendre les raisons pour lesquelles ces derniers conservent une forte influence sur les Stephen King, Clive Barker ou encore Graham Masterton, voilà la plus belle chose à faire que de lire ce recueil. Si l'on est un petit curieux, cela ne fait aucun doute : vous en ressortirez satisfaits. Pour les puristes, je ne peux que conseiller les trois tomes complets sortis dans la collection "Bouquins".

Le monde de ce recueil est peuplé d'effroyables créatures... qui peuvent exister ! C'est la première question que l'on se pose une fois la dernière page tournée, à savoir s'il existe des espèces plus grandes que l'homme, plus puissantes, des espèces divines et infernales...
Bouleversant.


La préface, signée Derleth, nous développe une excellente introduction pour comprendre brièvement l'univers de Lovecraft, ce qui nous captive déjà. Et c'est parti ! Nous voilà entraînés dans les méandres folles de telles histoires... La plus longue nouvelle sans doute, mais néanmoins la plus raffinée, semble celle de Lovecraft à laquelle le recueil emprunte le titre (40 pages). L'appel de Cthulhu est une histoire dense, conduite en toute sobriété par une enquête s'acheminant jusqu'à l'inexplicable, mais qui jamais ne divague vers une littérature lourde et inutile. Les scènes d'épouvante sont décrites avec une affolante réalité, car notre esprit alerté nous dessine cette réalité-même, enchaîné dans un réel "jeu de mondes" entre auteur et lecteur. Telle est la magie ou technique organisée subtilement par Lovecraft dans ses écrits. C'est là l'unité d'angle de l'écrivain : par l'intermédiaire d'une cosmogonie jamais aussi originale depuis l'Antiquité, le génie de Providence réussit à inventer un matérialisme fantastique. Un joli paradoxe qui fait de la folie une réalité comme une autre !


Nous sommes donc bien loin de la "fantasy" attestée par l'édition pocket, preuve de l'extrême sensibilité française en matière de fantastique ! Il ne faut pas nous emmêler dans les définitions, mais tout de même, cela nous permettrait d'y voir plus clair : ainsi, la "weird fantasy", courant lovecraftien, est le fantastique de l'horreur ; quant à la "fantasy", c'est un genre placé aux frontières du merveilleux, du fantastique et de la science-fiction. La fantasy joue sur le côté merveilleux de l'imaginaire, propose des légendes, de la féerie et de la magie dans des mondes fabuleux (sword sorcery)
Ce courant littéraire (nous parlons bien de "weird fantasy") a réveillé d'autres génies présents dans ce recueil, un recueil qui corrobore si justement la richesse du mythe de Cthulhu. Ainsi, on appréciera les autres nouvelles qui lui rendent hommage, à commencer par L'habitant de l'ombre d'August Derleth, écrivain médiocre d'après les dires de Stephen King, mais écrivain diablement efficace avec cette histoire à laquelle The Thing ressemble faussement !
Les chiens de Tindalos de Long reste un classique qui n'est plus à présenter ; on aurait pu croire que la seule nouvelle de Lovecraft surpasse toutes celles de ce recueil, mais au contraire, s'il faut acheter ce puits de découvertes qui nous offre de façon intelligente une palette assez fournie du mythe, c'est surtout pour la force développée dans l'excellent, pour ne pas dire magistral Les mangeuses d'espace. Signée Frank Belknap Long, fameux écrivain au talent ingénieux, cette féroce nouvelle est peinte par un style léché, soutenue grâce à une histoire absolument terrifiante.
D'autres encore valent franchement la peine d'être lues. Je pense au grinçant Talion de Clark Ashton Smith, histoire qui ne lésine pas sur l'atmosphère macabre, et qui renvoie au Herbert West, réanimateur de Lovecraft ; à noter la dernière nouvelle du recueil, Le Tueur stellaire, une intéressante réponse où prend forme l'indicible, de Robert Bloch (pas seulement le grand auteur de Psychose !) à Lovecraft qui était convaincu de la folie de son ami. Au final, on ressort de ce recueil l'esprit transformé, et parfois, il m'arrive de frissonner lorsque le vent mugit... Sans conteste, la littérature qui a apporté le plus de cauchemars au monde fantastique.

Un puits d'or, des histoires effrayantes, et un mythe légendaire.

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