Animorphs, la meilleure saga de tous les temps ?

/ Article - écrit par Hugo Ruher, le 05/03/2018

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Mais si vous connaissez! C'est LA série littéraire phare de la fin des années 90. A côté de la déferlante Harry Potter, on avait ces ados qui se transformaient en animaux. Et c'était bien. C'était vraiment bien.

Animorphs. Animorphs c'est une soixantaine de bouquins, puis une série télé, mais aussi des jouets, des jeux vidéo. Et pourtant aujourd'hui il n'en reste rien. Un article qui pop de temps en temps, des vagues "Ah mais oui, je me rappelle" quand on montre une de ces couvertures si reconnaissables. Et c'est tout. Pourtant il y aurait tant à dire, tant à faire sur cet univers. Qu'est-ce qu'on attend ?

Le pitch

Mais avant, petit point histoire. C'est quoi Animorphs ? Et bien c'est une série de livres avant tout, créée par l'américaine Katherine Alice Applegate et publiée à partir de 1996. Le postulat de base est que la Terre est envahie, ou plutôt est en train d'être envahie par les Yirks. Ce sont des sortes de limaces qui s'infiltrent dans notre cerveau pour nous contrôler. De là, elles ont accès à toutes nos pensées, tous nos souvenirs. Les Yirks peuvent ainsi tranquillement se répandre sans que personne n'en sache rien.
Seulement voilà, en face il y a les Andalites. Des machins bleus qui ont un corps de daim, une queue de scorpion, et des antennes avec des yeux au bout. Un de leur vaisseau pourchassé par les Yirks s'est écrasé sur Terre, tout près de cinq adolescents, Jake, Rachel, Tobias, Cassie et Marco. Le prince Andalite Elfangor, avant de devenir le casse-croûte des méchants, leur transmet un pouvoir: celui de morphoser, de se transformer en animaux.
De là, ils mènent à eux seuls la résistance contre l'envahisseur, et peuvent devenir n'importe quel animal dont ils ont acquis l'ADN en le touchant. Une transformation qui ne doit pas durer plus de deux heures, sinon ils ne peuvent plus redevenir humain. Plus tard rejoints par Ax, le frère cadet d'Elfangor, ils essayent de ralentir les Yirks en attendant l'arrivée de la flotte Andalite, tout en restant anonymes pour ne pas que les limaces sachent que des humains ont le pouvoir de morphoser.


Animorphs Tome 4 - Le Message. Illustration par David Mattingly.

 


Les bases sont posées, on a des adolescents qui peuvent se transformer en animaux contre des limaces de l'espace, tout va bien, on va pouvoir passer à la baston. Et c'est ce qu'il se passe. Les affrontements sont nombreux, souvent très violents avec un aspect presque "pulp" dans les descriptions des corps mutilés et des souffrances endurées. On voit qu'on est ici face à une littérature moins naïve que ce qu'on pourrait croire. Ou alors face à un déferlement de violence pour ado, mais on y reviendra. Intéressons-nous d'abord aux héros.


Les personnages


Parce que oui, une des grandes forces d'Animorphs, ce sont ses personnages. Ils sont clairement définis dès le premier tome et je ne peux résister au plaisir de vous les décrire. Jake, le leader charismatique et sûr de lui. Sa cousine Rachel, belle et redoutable. Son meilleur ami Marco, le rigolo de la bande. Son crush Cassie, douce et amie des bêtes. Et puis Tobias, le gamin solitaire et mal dans sa peau.
Des archétypes à première vue, mais qui vont beaucoup évoluer au fur et à mesure des tomes. D'abord Tobias qui va se laisser pousser des ailes. Littéralement, puisqu'il est coincé dans le corps d'un faucon. C'est ce qui arrive quand on reste plus de deux heures dans la peau d'un animal. Mais en avançant dans l'histoire, on découvre que Jake n'est pas si sûr de lui et développe des crises d'angoisse devant son statut de leader. Rachel se rend compte avec horreur du goût qu'elle a pour la guerre et la violence, ce qui provoque chez elle une vraie remise en cause. Marco la marrant apprend à agir de manière brutale et sans coeur du moment que ça peut être efficace. Et Cassie se découvre une force de caractère qui la pousse à agir même contre ses amis si elle le juge nécessaire.

Animorphs Tome 26 - Le Duel. Illustration par David Matingly.

 


A travers ce court résumé, on peut déjà se rendre compte que la série aborde des thèmes bien plus riches que ce qu'on pouvait attendre. Dans Animorphs, même si au départ on est dans une dynamique "les gentils contre les méchants", rien n'est tout noir ou tout blanc. On apprend même que les Yirks ne sont pas les monstres sans âme dépeints au début. Et les gentils Andalites venus nous sauver ne sont pas une race d'altruistes valeureux. Loin de là. La série aborde des thèmes parfois très politiques. On y parle du droit d'ingérence, de l'aide aux espèces sous-développées. On a tout un questionnement autour d'un génocide présenté comme nécessaire par certains. Sans parler des conséquences de la guerre sur ceux qui la font.


De la littérature pour ado ?


Alors avec tout ça, quelqu'un qui ne connaît pas du tout Animorphs pourrait se demander s'il s'agit vraiment de livres pour les jeunes. Et est-ce qu'ils ne seraient pas destinés plutôt à une audience plus mature et plus à même de comprendre ces subtilités? Et bien les deux. Animorphs est clairement écrit pour les jeunes à partir de 10-12 ans. On a des adolescents en vedette, des animaux cools, un style d'écriture dynamique et accessible. Ceux qui la découvrent aujourd'hui pourront être destabilisés par l'ambiance très 90's qui s'en dégage mais ça se lit très facilement. Et c'est finalement ça qui fait sa force. Se rendre accessible pour les plus jeunes mais sans les prendre pour des idiots. Même jeune, on peut comprendre les dilemmes moraux mis en scène chez les personnages. Et le fait de les suivre sur de nombreux tomes permet de mieux les connaître et de mieux saisir toutes leurs interrogations et leurs doutes. Le lecteur aussi se met à douter et apprend à revoir ses certitudes. Ce qu'on lui avait dit au début, notamment sur qui sont les gentils et les méchants, est un peu plus complexe que ça.
Applegate, à travers Animorphs s'adresse aux enfants mais en les considérant comme des adultes. Sans les prendre de haut, mais aussi sans les brusquer, parce que ce monde si complexe n'apparaît qu'au fur et à mesure des tomes, de manière très progressive afin de faciliter l'apprentissage.


Animorphs Tome 19 - Le Départ. Illustration par David Mattingly.

 

Je mettrais tout de même un bémol en ce qui concerne le traitement réservé à la violence. Elle est souvent très explicite et graphique, des descriptions parfois nécessaire dans l'esprit des romans. Source de questionnement des personnages (je pense à toi Cassie) sur les nécessités de tout ça et sur les traumatismes que ça peut engendrer. Mais à d'autres moments, la violence est présentée comme quelque chose de fun et traitée avec légèreté. Un côté un peu défouloir et voyeuriste pas toujours bien géré.

Cela dit, d'autres types de violence sont présentes et font frémir le lecteur. Il y a ce massacre passé sous silence de la part d'un robot normalement pacifiste. Il y a la douleur de Jake qui voit mourir à petit feu le Yirk qui a pris possession de son cerveau. Il y a la torture de Tobias entre douleur intense et extase infinie. Il y a le chagrin de Marco envers sa mère. Autant de choses qui nous mettent profondément mal à l'aise mais jamais de manière gratuite.


Et après?


Avec la vague nostalgique que connaît le monde du cinéma actuellement, on serait en droit de croire à une future adaptation des Animorphs non? Après tout on a eu les Transformers, les Power Rangers, le retour de Terminator, Jurassic Park etc. Sans compter le succès des bouquins pour ados devenus blockbusters: Hunger Games, Labyrinthe... On chuchote depuis 2012 que le projet est en discussions chez Universal, mais rien de concret. Et en tant que fan d'Animorphs, la perspective attrayante fait surgir en moi de nombreuses peurs.

D'abord en terme d'adaptation filmée, on a déjà eu une série très médiocre. Je ne l'ai pas revue depuis c'est vrai, mais même gamin alors que je dévorais les livres je n'aimais pas du tout, même s'il y avait un côté sympa à voir ses héros imaginés dans les livres mis enfin en image. Et pour ce qui est d'un film, il faudrait surmonter de nombreux obstacles.

D'abord la longueur. On parle quand même en cumulé de 5 à 6000 pages. C'est vaste. Alors pour adapter ça, il faudrait tailler dans le gras, ce qui impliquerait de résumer les arcs des personnages et on y perdrait forcément.Autre souci, les personnages eux-mêmes. Si Jake apparaît comme le leader, le rôle des autres est tout aussi capital. Et en faire des personnages secondaires serait très injuste. Or, les fiction pour jeunes ont tendance à se construire autour d'un seul personnage auquel le spectateur peut s'identifier. Là aussi, trop simplifier ferait d'Animorphs une oeuvre pas forcément mauvaise, mais banale. Et puis surtout: la noirceur de l'univers. Comme expliqué un peu plus haut, Animorphs est complexe, anti-manichéen, et plus sombre que son synopsis assez simple peut laisser penser. Retranscrire ça dans un film forcément destiné à un jeune public peut se révéler assez compliqué.


Animorphs Tome 6 - La Capture. Illustration par David Mattingly.

 


Mais ne nous alarmons pas trop vite. Aucun projet n'est encore confirmé, on peut même espérer une série Netflix pourquoi pas. Dans tous les cas, si jamais la vague nostalgique finit par atteindre l'oeuvre de K.A Applegate, ça fera un monde avec plus d'Animorphs, ce qui est bien. Et ça fera sûrement découvrir les livres à ceux qui ne les ont jamais lu. Ce qui est encore mieux.

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