10/10Ça

/ Critique - écrit par Otis, le 01/03/2006
Notre verdict : 10/10 - 'Ça' fait vraiment peur ! (Ecrivez votre critique)

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L'histoire

Ils s'étaient promis que s'Il revenait, Bill le bègue, Mike, Beverly, Richie, Ben, Eddie et tout le « Le club des ratés » se rallierait pour le combattre une fois encore. Vingt ans après, Il est revenu, Lui, le clown rieur et démoniaque... Ça !

Infos

Même si l'auteur situe Derry dans le Maine, près de Portland, la ville est entièrement fictive. De plus, des clins d'oeil apparaissent dans le roman comme le passage de Christine, la prison de Chawshank... On retrouvera des personnages comme Mike Hanlon dans d'autres livres (Insomnie). L'auteur qu'est devenu Bill serait inspiré de l'écrivain et ami de King : Peter Straub.

La critique

Sorti en 1986 mais écrit pendant quatre années, on comprend tout de suite la force intemporelle de cette oeuvre. Oui, mesdames et messieurs, voilà un ouvrage qui nous empoigne dès la toute première ligne ! Même s'il fait plus de 1400 pages, ce livre n'a pas de longueurs, tout simplement parce que King est un grand magicien. Alors je préfère le souligner sans complaisance : voilà de la dentelle brodée avec une plume de fée. King s'amuse à modeler avec une perfidie sans nom le genre qui le concerne, et le lecteur, même "sensitif" pour reprendre le terme du génie de Providence, ne sent pas le travail effectué tant l'histoire en elle-même est ensorceleuse.
En effet, l'auteur reprend toute la palette du fantastique et, excusez du peu, finit par la moderniser. Que veut donc ce « monstre venu d'ailleurs » comme pourrait reprendre Lovecraft, aux enfants tous plus charismatiques les uns que les autres : Ben, Eddie, Richie, Beverly, Bill, Mike dont l'identification s'avère évidente ? Un monstre qui nous fait découvrir un autre intérieur en intervenant dans la vie la plus futile ; « Ça » ou Celui qui pousse à aller au-delà de l'être et force à l'amitié. King reprend les thèmes de l'enfance et voit ce qu'elle reflète sur les adultes. C'est triste, touchant, humain.

Comment ne pas s'identifier à ce club des ratés ? Puis mais surtout : comment ne pas ressentir la Terreur lorsque« Ça » apparaît et ressuscite nos peurs les plus ancestrales ? Tout y est : King passe d'une forme drue favorisant l'action, au style plus soigné, presque poétique, s'avérant même philosophique lors de certains passages. L'auteur mélange les tons : récits enchâssés où se mêlent épistolaire, historicité, sociologie... Voilà entre nos mains un hymne à l'enfance et à la fraternité. Bref, vous comprendrez qu'il s'agit là, sans l'ombre d'un doute, d'un roman devenu classique. Le récit devient alors un vrai moyen de poser un engagement certain de l'auteur : racisme, homophobie, violence sur les enfants, sexualité, éducation rude, tout y passe.

Ça, c'est aussi l'alternance entre passé et présent : Juin 58, époque considérée prospère, avec les cinémas interdits, les blousons en cuir, le Rock And Roll à tous les coins de rue. Puis le présent et 1986, cette année où fut écrit le livre, présent déchiré, marqué bien sûr par les séquelles du passé. Un brin de nostalgie plane sur le récit comme ce vautour, Ça, qui symbolise, au final, l'inconnu que tout homme rejette parce qu'il en a peur. « Le soleil brillait, mais le clown ne projetait aucune ombre. Pas la moindre. » Cette phrase n'est qu'un exemple parmi une infinité, qui s'inscrit dans la pensée du lecteur et qui justifie que le téléfilm n'atteindra jamais la puissance du livre. Le roman est tellement beau, il jette de si grandes étincelles qu'au départ, on s'émerveille dès la première lecture, mais lorsque l'on tente d'analyser une telle oeuvre, il peut arriver de voir couler quelques larmes tant la beauté imprègne le récit par sa transcendance. Jamais je n'avais connu pareille situation face à une lecture ! Pris dans le gouffre de mes préjugés, j'étais infiniment persuadé que les livres ne procureraient jamais la même force qu'en regardant un film. En réalité, King prouve là, même si cela le fut bien avant lui, que l'imagination est une source incroyablement puissante. Ici, le lecteur devient impliqué, il n'est plus le passif devant son écran. Avant même de démarrer, King nous interpelle : « La magie existe. » Nous voilà donc prévenus. Au final, on referme le livre après l'avoir absorbé et une fois revenu parmi les hommes, la leçon est tirée : oui monsieur King, vous avez raison, la magie existe bel et bien. Et elle se trouve dans votre universel grimoire. Merci et chapeau bas.

LE roman de King et peut-être le meilleur roman d'angoisse tout siècle confondu. Un livre que les écoles feront étudier comme aujourd'hui elles font avec Poe.

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