8/10A la volette

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 19/03/2009
Notre verdict : 8/10 - Orange blossom bird (Ecrivez votre critique)

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Dans son registre reconnaissable entre mille, Cécile Bonbon nous offre un album simple et efficace, qui respire la bonne humeur, les couleurs des premières floraisons... et l'euphorie coquine des amours naissantes.

Enfin ! Les jours rigoureux et tristounets de la période hivernale deviennent doucement un lointain (et douloureux) souvenir. Ils laissent place aujourd'hui aux gazouillis des oiseaux, aux bourgeons florissants sur les arbres, aux éclats de soleil qui durent un peu plus de trois minutes. C'est l'éveil du printemps. Et cet album tout doux et tout simple tombe à point.

Parallèlement à cet essor tant attendu, c'est aussi le moment d'éveiller l'attention et l'intérêt des tout-petits sur cette saison, et de les inviter à assister à la naissance de toutes ces petites choses. Vous, lecteurs adultes, peut-être avez-vous encore en mémoire cette comptine entêtante qui parle d'un petit oiseau... qui a pris sa volée. Qui a pris sa... à la volette. Qui a pris sa... à la volette. Qui a pris sa volée. Oui, vous êtes bons pour la fredonner toute la journée, ne me remerciez pas. Remerciez plutôt Cécile Bonbon, l'illustratrice aux doigts de fée, qui a eu la charmante idée de la mettre en images, armée de son habituel penchant pour les étoffes, motifs et autres lainages. Déjà auteur de plusieurs recueils tissés de mille petits fils colorés, Cécile Bonbon avait déjà fait résonner sa machine à coudre dans le très enjoué The thing (version traduite en anglais de l'album Le machin). Ici, elle se lance dans l'illustration presque littérale de la comptine populaire « A la volette ». Cette comptine, donc, vous l'avez certainement chantée sur vos bancs de maternelle, vos enfants la chantent, vos petits enfants la chanteront. Si votre mémoire vous joue des tours (quel dommage !), mais que vous savez lire la musique, la partition servira de piqûre de rappel dans les dernières pages de l'album.

L'aspect désuet de la chanson, comme la ritournelle d'un troubadour, la rend attachante et intemporelle. Le texte peut nous paraître un peu simpliste, notamment dans le passage très rapide du soin de l'aile cassée au mariage immédiat du petit oiseau, mais c'est dans l'air du temps : c'est le printemps, on est heureux, marions-nous. Disons que cela fonctionne très bien dans la tête du tout jeune auditeur / lecteur auquel s'adressent la comptine et l'album. Et puis dans son extrême innocence, le texte d' « A la volette » est également une manière d'évoquer, tout en ellipses et en métaphores, le déroulement sinueux d'une vie (l'oiseau sort de son nid, tente d'apprendre à voler, se casse l'aile qui est bien vite réparée, s'accouple et va mettre en route sa progéniture). Les paroles de la chanson sont fondées sur la répétition et le rythme « haletant » engendrés par l'entonnement de la petite rengaine-titre : « A la volette ». Ce qui explique précisément pourquoi les enfants très jeunes et dans les prémisses du langage l'apprécient, et surtout la retiennent.

Illustration de Cécile Bonbon
Illustration de Cécile Bonbon tirée de
A La volette - édition Didier Jeunesse, Paris, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le format musical qu'est la comptine, comme vous le diront les pédagogues, est un des principaux moyens de développement du langage chez les enfants de 2-3 ans. Le support visuel est lui aussi primordial, pour compléter la compréhension et pour motiver la mémoire. Un album illustrant une comptine devient alors un outil utile et nécessaire, sans oublier d'être source de plaisir bien sûr, pour l'apprentissage langagier. Le présent ouvrage est donc particulièrement efficace, d'autant plus par la technique illustrative de Cécile Bonbon, qui touche toujours juste le cœur de la cible, et surtout sa sensibilité.

En effet, cette ancienne graphiste semble être la médiatrice privilégiée pour s'adresser à un public très jeune : grâce à son travail textile bien sûr, mais aussi par la tonalité globale minimaliste et toute ronde de ses formes, par les expressions tendres et mignonnes de ses petits personnages. Depuis la sortie de son Machin il y a deux ans, son univers a beaucoup évolué, le travail sur les décors notamment est plus fouillé, les tissus et matériaux sont plus variés. Cette progression est d'autant plus appréciable dans A la volette car les éléments de décor participent activement à nourrir l'imagerie du printemps. Comme d'habitude, les illustrations de Cécile Bonbon sont un assemblage de fibres très hétéroclites, notamment de tissus doux en coton, en lin ou en tulle (suggérant la légèreté de la saison nouvelle) qui côtoient des textures plus épaisses et brutes, comme la laine bouillie, le tricot ou la feutrine.

La composition des images reste un peu répétitive : les scènes sont irrémédiablement frontales, mais ce choix permet d'ancrer le déroulé narratif de la chanson plus aisément chez les tout-petits, qui peineraient certainement à saisir les changements de cadrage. Concernant les décors, la naissance du printemps y est évoquée un peu partout, par de nombreux éléments périphériques qui accompagnent notre petit héros à plumes. Les fleurs qui éclosent, les champignons qui poussent, les fruits qui germent...Mais aussi ce petit clin d'œil à l'adulte qui accompagne l'enfant dans la lecture : en marge de l'intrigue principale (le petit oiseau) et en second niveau de lecture, des couples d'insectes se livrent ouvertement à de tendres câlins suggestifs. Une sorte de Kama Sutra « kawaï » en quelques sortes, mais toujours traité avec humour et légèreté, bien sûr. Et oui, c'est le printemps, ne l'oublions pas !

Toujours dans son registre reconnaissable entre mille, Cécile Bonbon nous offre un album simple et efficace, qui respire la bonne humeur, les couleurs des premières floraisons... et l'euphorie coquine des amours naissantes. Les petits y verront un bel accompagnement à l'apprentissage de la célèbre comptine, et les adultes une invitation à profiter des beaux jours qui pointent le bout de leur nez. Cui Cui.

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